TOUT EST PARDONNÉ
Écrit et réalisé par Mia HANSEN-LOVE, France, 2007, 1h45mn, avec Paul Blain, Marie-Christine Friedrich, Victoire Rousseau, Constance Rousseau, Carole Franck, Pascal Bongard...
"Ce qui décline aujourd’hui, fatigué, Se lèvera demain dans une renaissance.
Bien des choses restent perdues dans la nuit - Prends garde, reste alerte et plein d’entrain ! » Joseph Von Eichendorff
Les cieux sont avec elle. Repérée par Olivier Assayas, qui la fait tourner dans Fin août-début septembre (1999) puis dans Les Destinées sentimentales (2000), Mia Hansen-Love s’est inscrite dans un cours d’art dramatique, puis est devenue critique aux Cahiers du cinéma. Elle réalise plusieurs courts métrages.
L’un est repéré par le producteur Humbert Balsan (Tout est pardonné lui est dédié), qui décide de financer son premier film. Après le suicide de ce dernier, en février 2005, son projet est repris par une autre société de production émérite, Les Films Pelléas, et bénéficiera de soutiens divers jusqu’à son achèvement. Et à 26 ans, Mia Hansen-Love a présenté son premier film au Festival de Cannes 2007, à la Quinzaine des Réalisateurs.
Rien de volé dans cette cascade d’appuis providentiels : Tout est pardonné fait preuve d’une étonnante maîtrise. Inspiré d’une histoire vraie, le film évoque à la fois la sourde détresse d’un homme, le désespoir d’une femme qui finit par le quitter, la complicité poignante avec une gamine trop longtemps absente de son horizon.
Ce maelström d’impuissances et d’incompréhensions est peint avec délicatesse, au fil d’un récit fluide. Il y a quelque chose de lumineux dans le style de Mia Hansen-Love, qui mêle dans une fascinante alchimie le romanesque et l’intériorité.
Interprété par Paul Blain (le fils de Gérard Blain), âme sombre et regard de candeur, Victor est amoureux de sa femme, fou de sa fille, et dépendant de la drogue. Son couple vole en éclats, sa vie lui échappe. Séparé des siens à cause de ses dérives, et à la suite de la mort par overdose d’une maîtresse, il retrouvera sa fille onze ans plus tard : poignante rencontre. Avant un final d’une grande dignité, dans un cimetière.
Tout est pardonné dépeint les rapports familiaux avec une rare virtuosité. La caméra est caressante, attentive aux rythmes des personnes, aux silences et aux échos sonores. Le film épouse la vivacité d’une enfant, guette la sollicitude de son père, tout en suggérant la solitude de cet homme incapable de sortir de sa nuit. Il fait effleurer la tristesse de ces adultes impuissants à s’entraider en dépit de l’amour qui les unit, le mystère bressonien qui les mine.
Ainsi soient-ils, nous souffle la cinéaste ; ainsi soient l’homme blessé, tel qu’il fut dans son innocente fragilité, et la jeune Paméla, prête à tourner la page et riche de l’héritage spirituel que son père lui a laissé.
Sautant de Vienne à Paris, mais orchestrant surtout des ellipses, le film est une réflexion sur le temps qui passe, la mémoire, le pardon. Victor révèle à Paméla ce qu’elle ne savait pas, le passé de ses parents : séquence d’émotion contenue, qui résume la démarche d’une auteure bouleversée par la bienveillance d’un visage, attentive à ce que disent ou ne disent pas les paroles « cousues dans un silence douloureux ».
(J.L Douin, Le Monde)