ACTRICES

Publié le par MAX HEADROOM

ou le rêve de la nuit d’avant

Valeria Bruni Tedeschi - France 2007 1h47mn - avec Valeria Bruni Tedeschi, Noémie Lvovsky, Mathieu Almaric, Louis Garrel, Marisa Borini, Valeria Golino, Maurice Garrel... Scénario de Valeria Bruni Tedeschi et Noémie Lvovsky, en collaboration avec Agnès De Sacy. FESTIVAL DE CANNES 2007 : sélection Un certain regard.




Elle est complètement à l'ouest cette fille, mais si craquante ! À fleur de peau, à fleur d’émotion, à fleur de rire, car elle rit d’elle-même et nous fait rire autant qu’elle nous émeut. Valeria Bruni Tedeschi est Marcelline à fond, sans s’épargner rien, sans facilité, superbe, imprévisible et formidablement attachante.

Marcelline est actrice de théâtre. Elle travaille péniblement le rôle de Nathalia Pétrovna, l’héroïne d’Un mois à la campagne de Tourgueniev. Tourmentée par son rôle, elle est aussi tourmentée par sa vie, sa relation avec sa mère, ses rêves d’amours, ses envies d’enfant… C’est que, dame ! la quarantaine approche… le théâtre pénètre sa vie et sa vie déborde jusqu’au théâtre, d’autant que le rôle de Natalia, qui « étouffe de ne pas pouvoir vivre », la remue de l’intérieur, lui renvoie ses propres tourments, elle qui a tant de mal à se faire une vie sereine, d’autant plus ardente sur les planches qu’elle n’est pas comblée. Le théâtre est sa vie, sa vie brûle le théâtre. D’émois introspectifs en extraversion déjantée, tour à tour virevoltante, en mal d’amour, allumée mais si humaine, si proche, si émouvante, Valeria/Marcelline ose avec un culot incroyable des scènes insensées comme ses négociations biscornues avec la Sainte Vierge ou ses conversations avec le fantôme de son père assis sur un joli canapé… ou encore quand elle plonge dans des scènes semi-oniriques d’une douce nostalgie ou quand elle raconte à sa gynéco son « rêve de la nuit d’avant »…


Si elle est au centre de la toile avec une élégance qui n’a d’égal que son humour, Valeria Bruni Tedeschi nous tire un portrait du petit monde du théâtre avec une acuité féroce mais néanmoins sans méchanceté: comédiens, auteurs, ceux que le théâtre fait fantasmer… elle titille là où ils ont mal, où ça fait rire aussi mais à n’en pas douter, elle les aime pour ce qu’ils sont, pour leurs fragilités et leurs doutes.
Marcelline semble perpétuellement étonnée par ce monde qu’elle n’arrive pas à comprendre, qui l’attire et lui fait peur, isolée en elle-même et pourtant en quête permanente de contact avec les autres, affamée d’amour, terrifiée par la fuite du temps mais actrice jusqu’au bout des ongles, fragile et sublime, douloureuse, mais toujours prête à se marrer d’elle-même. « All the world’s a stage, and all the men and women merely players »…. Il y a du tragique dans cette comédie parfois hilarante, et l’ombre de Shakespeare folâtre avec celle de Marivaux. La bande de comédiens-copains qui entoure la Bruni sont tous formidables, Noemie Lvovsky a co-écrit le scénario et tout ça ça fait un film plein de grâce, de légèreté, de folie, d’humour et néanmoins profond comme les abysses de l’âme humaine. Pour qui aime la vie, le théâtre et Valeria, il est difficile de rester de bois.
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Publié dans cinetampes

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