PEUR(S) DU NOIR

Publié le par MAX HEADROOM

BLUCTH, Charles BURNS, Marie CAILLOU, Pierre DISCIULLO, Lorenzo MATTOTTI, Richard McGUIRE - film d'animation France 2008 1h25mn - avec les voix de Aure Atika, Arthur H, Guillaume Depardieu, Nicole Garcia...

 


Le frôlement rapide de pattes d’araignées sur une peau nue… Des bruits inexplicables que l’on entend la nuit… L’impression d’une présence dans une grande maison vide… L’aiguille d’une seringue qui se rapproche inexorablement… Une chose morte emprisonnée dans un bocal de formol… Le regard fixe d’un grand chien qui montre les dents… Tous ces frissons, nous les avons éprouvés, un jour ou l’autre, et pour mieux les coucher sur la toile blanche de l’écran, six grands auteurs de bande dessinée ont composé, à travers des récits entrelacés, une fresque unique où phobies, répulsions et rêves prennent vie « d’un coup de crayon » au pays de l’angoisse…
Charles Burns, dessinateur et scénariste américain, connu surtout pour sa bande dessinée Black Hole, ouvre le bal. Imaginez la clarté du dessin d’Hergé, la noirceur des comics des années 50, ajoutez-y une bonne dose de malaise adolescent et vous aurez une idée de ce qu’est le monde de cet auteur, récompensé l’année dernière au festival de la bande dessinée d’Angoulème. L’histoire d’un jeune étudiant timide épris d’une mignonnette aux seins ronds, début d’une idylle qui finira très mal, rappelle l’univers fantastique des premiers Cronenberg.
Blutch, auteur d’une vingtaine d’ouvrages chez les plus grands éditeurs, confronte, lui, le spectateur à sa peur des animaux féroces. Il met en scène un marquis cadavérique tenant en laisse cinq chiens terrifiants, les crocs acérés, qu’il lâche sur des innocents rencontrés sur son passage. Sans doute le plus effrayant des courts proposés.
Lorenzo Mattotti, dessinateur, illustrateur et peintre reconnu mondialement comme l’un des grands maîtres de la bande dessinée, fait la part belle à la poésie, utilisant des tons sépias au service d’une histoire sortie tout droit des divagations fantastiques de son enfance.
Richard Mc Guire (un autre américain) développe les sentiments de claustrophobie et de folie qui peuvent nous habiter lorsque, prisonniers dans un placard, nous cédons à la panique…
Pierre di Sciullo, dans un style plus typographique, questionne les différents sens du mot « Peur » à travers une série de tableaux rappelant les expérimentations graphiques de Saul Bass pour les génériques des films d’Otto Preminger dans les années 50.
Enfin Marie Caillou, spécialisée dans les séries animées, raconte les rêves et les cauchemars d’une jeune adolescente japonaise hantée par l’esprit d’un samouraï. Elle a puisé son inspiration dans les films comme Ring ou Dark water dans lesquels des enfants sont confrontés au surnaturel.

Le point fort de ce film, au delà des qualités graphiques et scénaristiques du projet, est la cohérence apportée à l’ensemble. Qu’il s’agisse de la peur de l’autre, de la peur de soi, de la part animale inconsciente ou réelle prête à jaillir des rêves transformés en cauchemars, une constante demeure, cette peur du noir s’amarre toujours à l’enfance et à sa faculté d’imagination et de création.
Vous l’aurez donc compris, aprés Persépolis et dans un genre tout à fait différent, voici le nouveau grand film d’animation qui ravira autant les amateurs du genre que les novices curieux de nouvelles sensations visuelles. Du grand art !

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Publié dans cinetampes

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