QUATRE MINUTES

Publié le par MAX HEADROOM

Écrit et réalisé par Chris KRAUS - Allemagne 2007 1h52- avec Monica Bleibtreu, Hannah Herzsprung, Jenny von Loeben, Sven Pippig, Richy Müller, Vadim Glowna... Grand Prix du Jury et double Prix d’interprétation féminine au Festival Musique et Cinéma (Auxerre 2007). Musique d’Annette Focks.
 

 


Traude Krüger est une vieille femme au caractère de cochon, habitée par une sorte de rage intérieure autant que contenue. Elle s’acharne à enseigner depuis toujours la musique à des détenues et la prison où on lui livre un nouveau piano n’a rien d’un lieu de délices, avec ses murs immenses et sombres, ses espaces impersonnels et désespérants, ses matons un peu cons, au mieux indifférents.
La musique comme thérapie, pour réparer les âmes douloureuses, pour ouvrir vers la liberté… La musique comme instrument de rédemption : Traude y croit à sa façon, exigeante, distante et obstinée. Elle n’est pas du genre à s’apitoyer sur le sort des détenues, raidie par un passé terrible et le sentiment de n’avoir peut-être pas su ou pas pu assumer un amour inavouable qui brûle dans son souvenir (on se rappelle la parole du Christ à Pierre : « avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois »)
Ce jour-là justement, une nouvelle pensionnaire arrive : une sorte de boule de violence, réactive, imprévisible, constamment au bord de l’implosion. Elle hait la terre entière autant qu’elle se déteste, n’espère rien de la vie ni des autres. La vie ne lui a pas fait plus de cadeaux qu’à Traude Krüger, et Jenny a en commun avec elle une passion pour la musique, un talent hors du commun. Mais sa musique à elle, l’extravertie, l’incontrôlable, est à l’opposé de celle que défend Traude : ni Schumann, ni Schubert, ni Mozart, quand elle joue, c’est sa rage qui s’exprime, charnelle, brutale, douloureuse. Traude Krüger va vite piger qu’elle tient là un petit prodige et pour elle, il ne serait pas admissible que tout ce talent soit gaspillé alors qu’il peut être un formidable espoir de vie pour Jenny, une porte de sortie qui la tirerait d’un état quasiment suicidaire. Son obsession va désormais être de préparer cette irréductible pour le Concours d’entrée au Conservatoire, de la faire rentrer dans la discipline du classique, de la mesure contrôlée.

Rien ne sera simple dans la relation entre ces deux femmes écorchées, de génération différente, de culture différente, de tempérament différent. Mais de cette opposition permanente va naître une complicité magnifiquement incarnée par les deux actrices, une estime profonde propre à leur rendre un peu de cette estime de soi, de cet amour de soi qui leur manque tant.
Le film a un côté brutal, à l’emporte-pièce, il tangue entre des situations extrêmes, à deux doigts parfois de sombrer… Mais Chris Kraus réussit le tour de force de tenir la bête jusqu’à un final musicalement époustouflant, excessif et superbe, qui sonne comme une déclaration d’amour de Jenny à sa vieille prof, un hommage à un talent et une générosité devant lesquels elle s’incline, sans renoncer en rien à ce qui est sa liberté dans une sorte de pied de nez vengeur… Ce film-là peut vous irriter beaucoup ou vous plaire, mais certainement pas vous laisser de bois.

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Publié dans cinetampes

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