L'ÉTÉ INDIEN
Alain RAOUST - France -2007 -1h40 - avec Johan Leysen, Déborah François, Johanna Ter Steege, Guillaume Verdier, Brigitte Sy... Scénario d'Alain Raoust, en collaboration avec Olivier Adam.
Un homme qui est passé à côté de sa vie, sa fille qui voudrait bien ne pas faire pareil avec la sienne, peu de mots, beaucoup de silences, peu d'émotions avouées, beaucoup de (res)sentiments enfouis... Et la montagne, grandiose (le film a été tourné à La Foux d'Allos, dans le Haut Verdon), qu'on regarde à pleins poumons (si j'ose dire), qui donne au film sa respiration, son ampleur, qui apporte une autre dimension à cette histoire banalement, tristement humaine...
L'homme (belle gueule burinée de Johan Leysen) s'appelle René Kreuymerkers, un nom qui ne lui permet pas d'oublier sa Flandre natale, même si ça fait bien des années qu'il est venu s'installer dans cette station des Alpes du Sud. Il y bricole pour la station de ski, homme à tout faire qui bientôt n'aura plus de travail, c'est écrit dans les bilans financiers. Il y vit maintenant presque seul, sa fille Suzanne a trouvé du travail plus bas dans la vallée et quand elle rentre le week-end, c'est pour passer la plupart de son temps avec son petit ami, Camille, qui travaille d'ailleurs souvent avec René, autant dire que les relations sont tendues.
Entre René et Suzanne, il y a sans doute de l'amour, du vrai, mais il cache bien son jeu. La faute essentiellement à l'homme usé, frustré, rassis qu'il est devenu, meurtri à vie par une histoire qui s'est mal terminée, par un espoir de bonheur parti en brioche en même temps qu'Alice, la mère de Suzanne, la femme avec qui il devait être heureux pour toujours, entouré de cinq enfants, trois filles et deux garçons, dans une belle maison de ce Sud de la France, cet Eldorado dont ils avaient rêvé, à moins que ce soit lui tout seul qui en ait rêvé... En tout cas, à l'arrivée, le fiasco : Alice partie, Suzanne sur le point de s'envoler, et lui tout seul, comme un vieux con hargneux et aigri, incapable d'aimer sa fille, infoutu d'accepter l'amour de Johanna (lumineuse, radieuse Johanna Ter Steege), la patronne du camping, qui lui ouvre son lit, lui offre son cœur et un boulot à ses côtés...
Il faut dire que récemment une lettre est arrivée. Une lettre que René s'acharne à lire et relire, une lettre qui vient du passé et qui rend son présent encore moins supportable... Et pendant ce temps, bon dieu, que la montagne est belle