L'HEURE D'ÉTÉ

Publié le par MAX HEADROOM

Écrit et réalisé par Olivier ASSAYAS - France -2008 -1h42 - avec Charles Berling, Juliette Binoche, Jérémie Rénier, Dominique Reymond, Valérie Bonneton, Kyle Eastwood...


Que devient le monde des objets une fois que les vivants ne sont plus ? Où s'en vont les souvenirs attachés aux cahiers, aux tableaux, aux tiroirs secrets des bureaux de famille quand ceux qui les faisaient vivre ont disparu ? Que devient hier quand aujourd'hui envahit tout l'espace, quand les vivants trop pris dans leurs vies de vivants ont du mal à s'arranger avec leur passé ?
L'Heure d'été, c'est beaucoup de cela, et puis mille et une choses encore... L'histoire d'une fratrie, d'une belle branche solide qui aurait donné trois fleurs différentes, vivant chacune sa vie sans pour autant se passer de la fleur d'à côté. C'est l'histoire d'une famille, de son héritage, de ce qui se transmet ou pas à travers elle, des parfums qui s'oublient ou se gardent d'une génération à une autre, de ce que l'on voudrait retenir mais qui s'échappe inéluctablement quand les années passent et que les êtres s'en vont.

Une fleur jaune, c'est Adrienne... Pétillante, bouillonnante, elle ne semble pas tenir en place, la belle, toujours entre deux avions, deux expositions, deux commandes... Designer reconnue, elle file une vie un peu bohème, sans vrai port d'attache, sachant ce qu'elle veut, même si elle ne sait pas où elle va, sa vie est dans le monde, entre ici et là, New-York et Tokyo...
Une fleur blanche, c'est Jérémie, le plus jeune fils, cadre dynamique, trois enfants et une vie que l'on imagine aisément, celle de ces jeunes gars brillants qui se tricotent une carrière royale dans la nouvelle économie mondiale, quelque part dans ces pays émergeants où tout explose. Pour lui, c'est Shangaï. Ce n'est pas qu'il est carriériste, Jérémie, il profite juste d'une bonne conjonctures, d'opportunités qui ne peuvent pas, parait-il, se refuser.
Une fleur bleue, c'est Frédéric, l'aîné de la famille, le plus sage, le moins aventureux, l'intellectuel de la fratrie, économiste de renom qui écrit des bouquins très techniques réservés à quelques initiés. Il est le seul à être resté à Paris, près de sa mère, près de la maison familiale qu'il aime comme on aime se souvenir de son enfance, comme on aime s'attacher aux petits objets, aux choses palpables, pour se rassurer, pour bien sentir le tangible de sa vie, par crainte du vide.

Aussi, quand Hélène, leur mère, disparaît, se pose la question de l'héritage... Pas le truc mesquin qui consisterait à se disputer les biens de la défunte, non, l'héritage qui pose à chacun la question de sa propre histoire, celle de son attachement intime à cette famille, autant d'interrogations qui s'invitent sans qu'ils aient eu le temps de s'y préparer.
Ce n'est pas tant la mort qui débarque dans leur vie que l'imposante trace des vivants, la présence des objets, des lieux et les secrets d'un passé qui ne leur appartient pas, mais qui devient le leur puisqu'il faisait partie de l'histoire de leur mère. Que faire de cette maison qui les vit enfants, que faire des tableaux de maîtres, des oeuvres d'art, des meubles rares et des vases devenus muets ? Sans se blesser, sans s'opposer, chacun appréhendera à sa façon l'histoire de leur famille.

Etonnement calme, et doux, et lent comme une fin d'été qui peine à mourir, c'est un film qui raconte le lien entre les hommes et les choses, ces objets, ces lieux, ces dessins, ces lettres qui sont autant de preuves de notre passage éphémère sur terre. C'est un film sur la transmission, sur le passage, non pas des biens mais de l'histoire familiale. Qu'importe au fond de conserver un objet si son parfum demeure inscrit en soi à tout jamais... la vraie mort, c'est peut-être quand plus personne n'a de souvenir de ceux qui furent un jour vivants, entourés de choses et d'émotions.

Publicité

Publié dans cinetampes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article