IL Y A LONGTEMPS QUE JE T’AIME
Écrit et réalisé par Philippe CLAUDEL - France -2008 -1h55 - avec Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein, Serge Hazanavicius, Laurent Grévill, Frédéric Pierrot...

Le film s'ouvre sur le regard bleu, absent, glacial de Juliette (Kristin Scott Thomas). Puis sur ses traits tirés, sa démarche hésitante. Juliette vient de sortir de prison après quinze ans d'enfermement. Quinze années pendant lesquelles sa famille l'a rejetée. Sa jeune sœur, Léa (Elza Zylberstein), vient la chercher : elle va l'héberger chez elle, avec son mari Luc et leurs deux filles, adoptives (ce qui n'est évidemment pas anodin). L'une et l'autre vont devoir reconstruire leur relation, digérer le passé, panser cette plaie à vif, ce gouffre qui s'est ouvert entre elles. Juliette va devoir elle aussi se faire « adopter »...
Écrivain connu, célébré, primé (entre autres Les Âmes grises, ou le tout récent Le Rapport Brodek), Philippe Claudel réalise un premier film dans la droite ligne de ses romans : très classique, très écrit, très précis, très minutieux dans les descriptions, tant des êtres humains que des lieux et des décors. Aidé par deux comédiennes remarquables, il brosse ainsi le portrait fouillé de deux sœurs tourmentées, prisonnières de l'histoire familiale, empêtrées dans leur difficulté à vivre.
D'un côté il y a Elsa Zylberstein, la sœur cadette, remarquable dans sa régression adolescente, qui manifeste un besoin évident de mots, d'émotions pour rompre avec le mauvais sort, ce passé qu'elle ne peut pas effacer, mais dont elle veut sortir, plus forte. De l'autre Kristin Scott Thomas, ancienne taularde qui refuse de s'épancher sur son passé et semble ainsi se défausser de toutes ses chances de « rédemption ». Claudel décrit sans artifice, de la manière la plus simple possible, un effort de réconciliation avec la vie à travers les réappropriations des actes du quotidien. Léa redéfinit sa vie de famille en réintégrant sa sœur dans son existence ; Juliette redécouvre les petites choses dont elle a été privée si longtemps alors qu'elle se croyait oubliée de tous. Dans les non-dits, les murmures, les regards, il donne une réelle épaisseur à ses personnages, les enrichit, les densifie au fur et à mesure de leur évolution dans le film, jusqu'à une scène finale qui ouvrira les vannes à l'émotion...
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