Sydney Pollack, fin d’un artisan de Hollywood

Publié le par MAX HEADROOM

Le réalisateur américain d'«On achève bien les chevaux», «Out of Africa» et «Tootsie», également acteur sur le tard, disparait à 73 ans.

Venu de la télévision, comme ses homologues Sidney Lumet ou Barry Levinson, Sydney Pollack était de son propre aveu un cinéaste "du milieu", qui a toujours travaillé à l'intérieur du système des studios tout en essayant de faire prévaloir une vision personnelle. Acteur de formation, il avait ces dernières années fait des apparitions remarquées dans Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick, ou, en 2007, dans Michael Clayton, de Tony Gilroy, qu'il avait coproduit.

En 1965, il réalise son premier long métrage, Trente minutes de sursis, avec Anne Bancroft et Sidney Poitier. Les critiques sont féroces, mais le film présente déjà deux caractéristiques récurrentes dans le cinéma de Pollack : des stars et du mélodrame. Ses films suivants lui permettent de diriger Natalie Wood et Robert Redford (Propriété interdite, 1967) ou Burt Lancaster (Les Chasseurs de scalps et Un château en enfer, tous deux en 1969).

Il faut attendre le succès d'On achève bien les chevaux, en 1970, pour que Sydney Pollack soit reconnu par la critique et par ses pairs. Ce récit d'un marathon de danse, pendant la Grande Dépression, dont la vedette est Jane Fonda, semble l'apparenter au Nouvel Hollywood naissant. Le malentendu perdure avec Jeremiah Johnson, un an plus tard. On peut voir ce western rousseauiste et violent comme un réquisitoire contre l'impérialisme américain. C'est aussi un formidable "star vehicle", selon la terminologie hollywoodienne, un film construit autour de son interprète principal, Robert Redford.

En 1973, Redford et Pollack se retrouvent pour Nos plus belles années, un long film mélodramatique très mal reçu par la critique et grand succès au box-office. Les Trois Jours du Condor (1975), thriller paranoïaque qui sort dans la foulée du scandale du Watergate, font plus forte impression. Pollack semble prendre à son compte la critique du pouvoir américain telle qu'elle s'est développée après les révélations de Bob Woodward et Carl Bernstein, les journalistes du Washington Post. Le réalisateur sera pourtant le premier à s'engager dans une critique des méthodes de la presse avec Absence de malice (1982)


Entre-temps, en 1977, Pollack a réalisé l'un de ses films les plus personnels, un pur mélodrame amoureux, Bobby Deerfield, histoire d'une passion entre un pilote de course américain (Al Pacino) et une Européenne atteinte d'un mal mystérieux (Marthe Keller). Le film est un relatif échec ; il lui faudra attendre 1982 et l'immense succès de Tootsie pour qu'il soit effacé.

Tootsie, dans lequel Dustin Hoffman incarne un comédien au chômage qui se travestit pour obtenir un rôle, est l'unique comédie qu'a réalisée Pollack. Le film correspond à un changement de régime à Hollywood, où ce ne sont plus les réalisateurs mais les agents qui mènent la danse. Sydney Pollack confie sa carrière au plus puissant d'entre eux, Michael Ovitz.

En 1993, venu au Festival de Deauville présenter La Firme, le réalisateur se souvenait ainsi de cette période : "Le bon vieux temps a existé, pas parce qu'il était plus simple de faire des films, mais parce qu'ils coûtaient moins cher. Tootsie a coûté 21 millions de dollars et je me rappelle m'être dit : "C'est de la folie ! Plus jamais ça !" Ensuite Out of Africa a coûté 31 millions, Havana 40 millions. Et ce fut un four."

De fait, le succès et les sept Oscars d'Out of Africa, adapté du récit de Karen Blixen, représentent le sommet de la carrière de Sidney Pollack. La sentimentalité grandiose des images et de la musique, la force d'attraction des interprètes (Robert Redford et Meryl Streep) ont à la fois impressionné, déplacé les foules et suscité les sarcasmes. Plus jamais le cinéaste ne parviendra à retrouver cette alchimie : l'échec d'Havana (1990) marque la fin de sa collaboration avec Robert Redford. Par la suite, seul La Firme, qui bénéficie de la gloire montante de Tom Cruise, se hissera au sommet du box-office. Malgré la présence aux génériques d'Harrison Ford( Sabrina, L'Ombre d'un soupçon) ou de Nicole Kidman (L'Interprète), le succès le fuit. Le dernier film qu'il a réalisé est le seul à ne pas compter de star. Il s'agissait d'un documentaire sur l'architecte Frank Gehry, présenté au Festival de Cannes en 2006.

Ces deux dernières années, le cinéaste s'était surtout fait acteur et producteur. La société Mirage Enterprises, qu'il avait créée avec le cinéaste britannique Anthony Minghella, disparu le 18 mars, avait produit aussi bien Retour à Cold Mountain et Par effraction, de Minghella, que le remake d'Un Américain bien tranquille, réalisé par Philip Noyce en 2002.

Thomas Sotinel
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Publié dans cinetampes

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