LA SOLEDAD

Publié le par MAX HEADROOM

Jaime ROSALES - Espagne 2007 2h10 - avec Sonia Almarcha, Petra Martinez, Miriam Correa, Nuria Mencia, Maria Bazan, Jesus Cracio, José Luis Torrijo... GOYA 2008

Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleure révélation masculine.



Nous sommes habitués à ce que les films racontent une histoire, celui-là en raconte deux. De fait il en raconte plein d'autres, même si chacune tourne autour d'Antonia et d'Adela tant ce qu'elles font retentit sur leur entourage, peuplé de solitudes agglutinées. Ce qui domine en effet ici, c'est l'incapacité des uns et des autres à communiquer, à prendre l'autre en compte, indifférents à la terre entière comme si le monde s'arrêtait à leur porte. Un monde qui fera néanmoins irruption dans la vie d'Adela, prise dans un attentat terroriste qui la laissera comme en état de sidération, bouleversant une vie déjà peu sereine et par contre coup toutes celles qui lui sont liées.
Le film, pour grande part, reproduit dans la construction des images la schizophrénie des personnages, coupant l'écran en deux parties égales, donnant deux points de vue de la même scène, ce qui entraîne un effet de distanciation encore accentué par le fait que le sujet filmé, évoluant d'une pièce à l'autre, surgit dans l'écran après en être sorti par le côté opposé de celui où l'on pouvait l'attendre... Cela provoque une sorte d'état d'inconfort, sans pour autant que cette rupture vis-à-vis de la lecture habituelle empêche l'émotion. Le tiers du film est ainsi tourné en polyvision et ne cesse d'interroger les relations humaines et les effets domino du comportement des uns sur les émotions et la vie des autres, tout en interrogeant le rapport au cinéma et à la chose filmée.

« Faire du cinéma implique de chercher de nouvelles manières de percevoir les choses. De trouver de nouvelles façons de montrer et de connecter les images entre elles », dit le réalisateur. Pour inhabituelle qu'elle soit, pour peu qu'on en accepte le principe, la méthode n'est pourtant pas vaine. Elle attise la réflexion et donne à s'intéresser à des personnages en proie à des affects troublés, à des difficultés profondes qui n'excluent ni les sentiments, ni les possibilités d'évolution, mais les murent en eux-mêmes, condamnés à s'exclure de la vie des autres faute de trouver les moyens de s'y connecter.

Adela a décidé de commencer une nouvelle vie. Elle quitte sa petite ville de province pour s'installer à Madrid avec son bébé. Elle est solitaire, peu bavarde. Elle ne se résigne pas et avance, coûte que coûte, passant outre les déchirements que ses choix entraînent. Antonia est une mère par définition, qui fait tout pour ses trois filles, se sacrifiant pour elles, inquiète à chaque instant, comme liée à elles par un fil d'alimentation invisible, impossible à rompre, qui en ferait la source d'énergie pour chacune prise dans des destins différents.
Chacun est lié à l'autre, en souffre mais en vit (ou en meurt) sans qu'aucun d'eux n'imagine pouvoir se mettre en état de rupture avec ce qui peut s'appeler une « famille » castratrice, étouffante, mais nécessaire, incapables de recul, de la distance justement que le film prend avec eux. Les images sont impeccables et les acteurs jouent leur partition dans une cohérence absolue : « l'originalité du film tient à la vision unique qu'a Jaime de la vie » dit une de ses actrices.
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Publié dans cinetampes

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