LA NOUVELLE VIE DE MONSIEUR HORTEN

Publié le par MAX HEADROOM

Écrit et réalisé par Bent HAMER - Norvège -2007-1h30 - avec Baard Owe, Espen Skjønberg, Ghita Norby, Bjorn Floberg... Sélection Un Certain Regard Festival de Cannes 2008.



La vie de monsieur Horten, conducteur de train sur la ligne Oslo/Bergen, est calme comme un après midi polaire. Depuis plus de 40 ans son quotidien est réglé comme un horaire ferroviaire : il quitte rituellement au petit matin son deux pièces à la déco figée par d'obscurs ancêtres d'Ikea ayant probablement sévi dans les années 70, couvre la cage de ses canaris, seuls compagnons de sa morne solitude, et se retrouve aux manettes d'un train aussi futuriste que son conducteur est hors d'âge, train qui traverse en silence les paysages enneigés du pays d'Erik Le Rouge... Au bout de la route, il passe la nuit rituellement dans une pension de famille dont la propriétaire entretient avec lui, en vain, une relation particulièrement affectueuse. Et voilà qu'à 67 ans !!! ( à cet instant de la lecture, les courageux militants de Sud Rail sont en train de s'étrangler, en souhaitant que Xavier Bertrand ne voie pas ce film qui pourrait lui donner de sales idées), on l'envoie vers une retraite bien méritée. Auparavant il doit passer par le rituel d'une cérémonie d'adieu qui vaut au film une de ses scènes d'anthologie : ses collègues quelques peu imbibés d'aquavit se livrent à un concours ubuesque dont le but est de reconnaître, sur des enregistrements sonores, les bruits de locomotives ou les annonces de gare et l'on découvre ce monde étrange des conducteurs de trains digne d'une des confréries d'Harry Potter.

Mais voilà, au petit matin, monsieur Horten est retraité et il semble comme égaré dans sa propre vie soudainement sans repères. Il erre dans les rues d'Oslo, toujours en uniforme, et peu à peu son parcours, d'incidents improbables en rencontres incongrues ou absurdes, va devenir un long chemin vers la liberté.
Le réalisateur Bent Hamer, déjà remarqué avec l'hilarant Kitchen Stories (dans lequel un improbable institut observait les moeurs des hommes célibataires dans leur cuisine dans la Norvège des années 50), a un incroyable talent de fabuliste et nous conduit irrémédiablement à cette conclusion salutaire et libertaire : le travail et la routine, aussi confortables et rassurants soient-ils, sont des prisons dorées et pour réellement vivre il faut en réchapper, ne pas hésiter à transgresser ses propres tabous... et il n'est jamais trop tard pour franchir le pas ! Pour ce faire, Monsieur Horten vivra quelques aventures étranges : coincé accidentellement dans une chambre d'enfant, il subira le chantage d'un mini tyran qui l'obligera à lui raconter des histoires une partie de la nuit pour ne pas le dénoncer à ses parents ; il partagera les facéties d'un diplomate aventurier retraité qui prétend pouvoir conduire les yeux fermés ; et, enfermé avec un couple de lesbiennes dans un sauna après la fermeture, il devra en ressortir chaussé d'escarpins rouges. Et ce avant de réaliser son rêve ultime : partager les sensations de sa mère, ancienne championne de saut à ski...

Ce ne sont que quelques éléments pour mieux comprendre toute la poésie du cinéma de Bent Hamer, combinant une mise en scène au cordeau, très policée, parfaite pour montrer la vie extrèmement rangée de Monsieur Horten avant sa retraite, et mettant en valeur les paysages glacés de l'hiver norvégien, et une douce folie scandinave autant dans le scénario que dans la galerie de personnages tout en humour délicieusement pince sans-rire. Mais le film n'aurait pas une telle force s'il n'y avait la prestation de Baard Owe, formidable acteur lunaire, qui, avec sa stature quelque peu hiératique, digne des grands burlesques, sorte de Buster Keaton nordique et septuagénaire, incarne à la perfection le retour vers la vie de Monsieur Horten.
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Publié dans cinetampes

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