SOIT JE MEURS, SOIT JE VAIS MIEUX
Laurence FERREIRA BARBOSA
France -2008 -1h53mn avec Florence Thomassin, François Civil, Karine Barbosa, Marine Barbosa, Emile Berling...

Mais c'est quoi ce titre ? Quand j'ai reçu l'invitation presse, j'ai cru à une parodie grolandaise d'un film français d'auteur caricatural (vous savez ce genre de film insupportable où quelques quadragénaires du 6e arrondissement parisien évoquent leur dépression face à la prise de conscience de la vacuité structurelle de leur existence). Et bien non, c'était un vrai film français d'auteur et le titre ne se voulait pas du vingt huitième degré et la réalisatrice, Laurence Ferreira Barbosa, avait une carrière jalonnée de jolis films franchement réussis (notamment son premier, Les Gens normaux n'ont rien d'exceptionnel qui valut un César à Valéria Bruni-Tedeschi, oui la sœur de...). Alors bon, par précaution, j'ai mis une boite de Prozac dans la poche (qui remplace avantageusement les Mentos pour tout critique ou programmateur qui voit trop de films mauvais ou déprimants). Et là surprise ! SJM SJVM (abréviation du titre pour éviter de vous l'infliger quatre fois dans le texte) n'est pas un film chiant et nombriliste mais au contraire une comédie douce-amère parfois franchement cocasse, sexuellement incorrecte, sur le passage à l'adolescence et la déliquescence de la famille.
Le point de départ est on ne peut plus banal dans ce monde cruel : Sabine, une mère de famille un peu paumée (génialement incarnée par Florence Thomassin, parfaite en blonde égarée), se retrouve plaquée par un mari tout aussi perdu, et contrainte de déménager en banlieue avec Martial, son fils de 16 ans, un garçon plutôt intelligent et lucide obligé de compenser le désarroi de sa mère. Dans la première partie du film, Laurence Ferreira Barbosa analyse avec une infinie justesse et une grande tendresse les tentatives plus ou moins maladroites du fils et de la mère pour s'intégrer à leur nouvelle, une intégration difficile autant dans leur immeuble où chacun se croise sans vouloir se connaître, qu'au lycée où Martial n'échappe pas au bizutage. Une des meilleures scènes est celle où, à la demande de sa mère qui culpabilise constamment de ne pas pouvoir lui proposer une vie idéale, Martial paye le chouchou de la classe pour qu'il accepte de venir prendre le goûter. S'en suit un grand moment d'incompréhension entre Martial, la mère et le faux ami...
La situation bascule quand Martial va se rapprocher de deux étranges jumelles, sublimes anges ou démons, tout comme lui mises à l'écart du reste de la classe, et dont il va découvrir les loisirs interdits : visiter clandestinement, en leur absence, les appartements de leurs camarades dont elles ont subtilisé les clés. Et à travers les amusements borderline des deux jeunes filles toujours à la frontière de la délinquance, c'est pour Martial l'apprentissage de la transgression, indispensable pour passer à l'âge adulte, et de la sexualité (tant qu'à faire avec les deux jumelles décidément inséparables, de là le côté ludiquement incorrect du film qui voit cette petite partie triangulaire comme un jeu adolescent nécessaire) et bien évidemment le détachement progressif et assumé du giron maternel.
Le côté totalement sympathique du film est de ne pas poser un regard moralisateur, dramatisant ou socialisant sur tous ces événements : bien au contraire Laurence Ferreira Barbosa aurait plutôt tendance à montrer combien les petites dérives des adolescents sont beaucoup plus saines que les névroses des adultes. Et quand, après une grosse bêtise partiellement justifiable dont je ne déflorerai pas la nature, la mère de Martial demande à son fils s'il saura lui expliquer pourquoi il a fait ça, on comprend que l'un est passé dans l'âge adulte et l'autre est passée de la possessivité au respect mutuel.
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