L'ÉCHANGE

Publié le par MAX HEADROOM

Clint EASTWOOD - USA 2008 2h20  - avec Angelina Jolie, John Malkovich, Michael Kelly, Jeffrey Donovan, Jason Butler Harner... Scénario de J. Michael Sraczynski

L'ÉCHANGE


La chose ne saute pas aux yeux de prime abord, mais il y a quelque chose de furieusement actuel dans ce film qui paraît sortir d'une autre époque tant chaque détail est précis, tant son apparence policée fait de chaque plan quelque chose qui flirte avec la perfection. On se dit que rien n'a échappé au maître tant le hasard ne semble pas avoir eu son mot à dire et pourtant il y a comme une forme de passion qui couve sous cette exigence. Partant d'une histoire tout ce qu'il y a de vraie, qui passionna l'Amérique et provoqua l'effondrement de la municipalité de Los Angeles, Eastwood semble défendre quelques convictions qui lui sont chevillées au corps : pas de démocratie sans justice, sans respect des personnes, sans le partage de valeurs fortes. Le propos est grave, voire solennel pour un polar qui vous en met plein les mirettes et même Angelina Jolie est dans la retenue, y compris quand elle implose de douleur ou de rage, confrontée à des personnages cyniques qui défendent leur position, leur carrière, leurs petits trafics, sans scrupules et sans humanité.

La fin des années 20, les États Unis sont en plein développement, la Grande Dépression n'est pas encore en vue mais la corruption règne et un pasteur presbytérien fait un tabac sur les ondes en dénonçant les exactions et les crimes du LAPD (Los Angeles Police Department) et le comportement mafieux des élites d'une ville pourrie jusqu'au trognon. Christine Collins est la mère célibataire d'un adorable garçon de neuf ans qu'il lui arrive de laisser seul lorsqu'elle part travailler dans l'entreprise de haute technologie où elle dirige un immense standard téléphonique en patins à roulettes pour faire plus rapide. Elle est très belle mais n'incite pas à la gaudriole, aimée autant que respectée, chef incontestée, mère impeccable, elle vit dans une petite maison dotée d'un confort qu'on n'imagine pas pour l'époque et pour quelqu'un de sa condition : baignoire, frigidaire et pelouse devant l'entrée... Un soir tout bascule : en rentrant du travail, Walter, son fils, reste introuvable. Au comble de l'angoisse elle alerte la police qui se révèle trop occupée par ses propres affaires pour perdre du temps à chercher un gamin mal surveillé. Dans sa détresse, il n'y aura guère que le pasteur Briegleb (John Malkovich) pour lui prêter assistance, et rameuter ses fidèles auditeurs sur son cas. Au bout de quelques mois, arrive la bonne nouvelle : la police a réussi la prouesse de retrouver son fils et la presse est invitée à assister aux retrouvailles pour donner de l'ampleur à l'événement. Mais sur le quai de la gare, Christine Collins reste interdite : ce gamin-là, qui dit s'appeler Walter Collins, n'est pas son fils. Mais le gamin s'obstine. On la fait taire, on la traite de mère indigne, de folle et, devenue gênante pour la police, elle sera jetée, manu militari, dans un hôpital psychiatrique grâce à un psychiatre complaisant, où elle retrouvera d'autres femmes pas plus folles qu'elle, mais tout aussi empêchées ainsi de répandre des vérités qui dérangeraient les policiers ou les notables du coin.
Le pasteur ne lâchera pas prise, Christine Collins tiendra tête à tous... et on aura plus tard le fin mot de l'histoire.

Dans la réalité, Christine Collins est morte en 1935 sans savoir ce qu'était devenu son fils. « le combat de cette femme a influé sur le système légal de l'État... J'avais envie de lui rendre hommage » dit Michael Straczynski, ancien journaliste et auteur du scénario, qui a pendant des années été hanté par cette histoire et a fini par la proposer à Clint Eastwood. Le titre original, Changeling, désigne, dans le folklore européen, un petit être maléfique laissé par les fées en échange d'un nouveau né enlevé à ses parents...

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Publié dans cinetampes

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