SERBIS

Publié le par MAX HEADROOM

Brillante MENDOZA - Philippines 2008 1h33 - avec Gina Pareño, Jaclyn Jose, Julio Dias, Kristofer King, Coco Martin... Scénario d'Armando Lao.


Déjà avec John John, splendide observation de l'attacement d'une assistante maternelle pour un orphelin en passe d'être adopté, on vous avait dit que Brillante Mendoza était brillantissime (on vous accorde que le jeu de mots est facile) ! Voici le nouveau film de ce réalisateur philippin, Serbis, qui fit sensation autant esthétique que morale au dernier festival de Cannes : très différent et beaucoup plus dérangeant que le tendre John John, Serbis est subjuguant dans la forme et déroutant dans le choix de son unité de lieu. Le lieu, c'est le Family, un cinéma qui n'a de familial que la grande famille qui s'en occupe, puisque le Family est un cinéma pornographique. Mais un cinéma pornographique pas du tout comme on l'imaginerait, avec une dame triste et anonyme derrière une petite caisse et d'autres anonymes qui vont et viennent entre la salle sinistre et les toilettes. Non, le Family est un authentique lieu de vie autant par la tribu qui, de la grand-mère autoritaire et pragmatique aux enfants, va et vient de la cabine aux couloirs en passant par la petite cantine, que par ses clients, qui hantent les salles, les couloirs et les toilettes, jeunes couples en quête d'excitation, jeunes homosexuels qui se donnent des rendez vous dans l'obscurité rassurante, prostituées qui font les belles à l'entrée des salles, histoire de détourner les hommes de plaisirs plus virtuels et solitaires, tout ce petit monde grouillant d'activités inavouables que Mendoza n'hésite pas à nous montrer de manière assez crue. Un lieu labyrinthique (et donc sexuel), délabré, ornés d'affiches érotiques kitchissimes, mais encore porteur de ses grandeurs d'antan : des escaliers pharaoniques interminables dont l'architecture est magnifiquement rendue par la caméra portée et virtuose, qui rend avec brio le côté à la fois protecteur et oppressant dont on ne sort jamais réellement malgré le bruit assourdissant de la rue, omniprésent jusqu'au vertige, donnant une perpétuelle sensation de chaos.

Le talent de Mendoza est de parfaitement adapter une forme passablement troublante, avec des plans séquences semble-t-il impossibles, dignes du tour de force d'Hitchcock dans La Corde, mais aussi des plans virevoltants qui soulignent le mouvement intérieur du lieu, à un discours complexe mais pourtant limpide : face à une société de plus en plus dure économiquement (où trop souvent la prostitution est l'unique échappatoire), agressive (d'où le bruit permanent dès que l'on est en dehors des salles où règnent des bruits suggestifs mais rassurants), en perte de valeurs (par exemple : l'annonce d'une future naissance est accueillie comme une catastrophe parce que ce sera une bouche de plus à nourrir), la famille, (la vraie mais aussi le cinéma du même nom) est un cocon où l'on peut encore se réfugier tout en étant la prison de chacun qui ne peut jamais réellement parvenir à s'émanciper.
Une fois de plus avec si peu, le brillantissime Mendoza dresse le portrait sans fard d'une société philippine en pleine déliquescence, où les individus, aussi touchants soient ils, font leur possible pour survivre.
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Publié dans cinetampes

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