STELLA

Publié le par MAX HEADROOM

Sylvie Verheyde avec Léora Barbara, Karole Rocher, Benjamin Biolay, Guillaume Depardieu... 1h43.

Dans le film de Sylvie Verheyde, Stella est le prénom d'une petite fille d'une dizaine d'années, Une partie de sa vie se situe dans un bistro du fin fond du XIIIe arrondissement de Paris, tenu par ses jeunes parents. Un havre de guerre et paix, port d'échouage pour les épaves du quartier, un assommoir. Mais pas seulement, surtout quand le juke-box pour tous transforme le rade en bal-parquet.



REFUGE ENFUMÉ

Sylvie Verheyde fait preuve d'une maîtrise rare dans la peinture de ce refuge enfumé où la bière coule à gogo. L'ambiance bistrot imbibe les images et les sons de ce portrait d'un groupe. Les comédiens y sont épatants : Karole Rocher en mère ivre ou enjouée, complexée, indulgente avec sa fille ou la dévaluant. Benjamin Biolay en père poivrot, clope au bec, oeil torve, taciturne, perdant. Guillaume Depardieu en clodo, chef de bande, un rien dandy, pote de Stella imitant la signature des parents sur son carnet de notes.

Stella est un film sur la tristesse du regard des hommes, sur la crème caramel avalée entre amies, sur une gamine lucide observant des adultes qui se comportent en enfants. Stella n'est dupe de rien. Elle voit sa mère pleurer d'être traitée en boniche par son père, elle la voit tromper son père dans les toilettes de l'établissement. Elle voudrait consoler tout le monde, tomber amoureuse, être invitée chez les riches.

La justesse de ton, sans mièvrerie ni racolage, et la sensibilité discrète de cette retranscription des émotions doit beaucoup à la voix off. Stella raconte, à sa façon, dans sa langue dessalée. Mais elle ne dit rien quand elle se sent saisie par la peine, ou la révolte. Vient s'asseoir sur les genoux de son père, qui s'ignore cocu ; prend un fusil pour chasser l'indélicat qui lutine sa mère. Elle est fière de passer en classe supérieure. Elle ne veut pas en rester là.

Tout sonne juste dans ce film secret et sensible où Sylvie Veyrhede évoque sa propre enfance : l'écriture, les décors, les chansons, et par-dessus tout les acteurs, admirablement choisis, subtilement quotidiens et singuliers

 

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Publié dans cinetampes

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