JOHNNY MAD DOG
Écrit et réalisé par Jean-Stéphane SAUVAIRE - France/GB 2008 1h36mn - avec Christopher Minie, Daisy Victoria Vandy, Dagbeh Tweh...
D'après le roman d'Emmanuel Dongala, Johnny chien méchant (éditions Le Serpent à Plumes).
Une armée tragi comique. Une bande de jeunes corsaires aux regards hallucinés, armés jusqu'aux dents, qu'on croirait tout droit sortis d'un enième Pirate des caraïbes. Ils avancent tels des morts vivants. Enfants désincarnés, pas encore hommes, mais plus tout à fait humains. Affublés de loques et de déguisements glanés au fil de leurs carnages : trophées de guerre, breloques en tout genre, robes de mariées viennent compléter leur panoplie surréaliste de seigneurs de la guerre. Faisant le vide sur leur passage, rouleau compresseur de violence dépourvu de compassion. Comme dans un jeu vidéo, un monde virtuel où la mort, la souffrance, ne seraient que de vagues éléments du divertissement. Oubliées leur tendre enfance (si jamais ils en eurent), la sécurité d'une famille, leur nom de baptême : ils s'appellent désormais « No good advice », « Small devil », « Young major », « Johnny mad dog »... Là où d'autres mioches se donnent des surnoms pour mieux chatter devant leur ordinateur, eux s'en donnent dans l'espoir de devenir de redoutables guerriers invulnérables. Tout les pousse à occulter leur humanité : le groupe qui les entraine, la mort qui les poursuit, les drogues qu'ils prennent. Surtout apprendre à ne jamais être soi-même, simplement une machine à tuer.
Volontairement le film ne se situe pas dans un pays précis, même s'il a été tourné au Libéria. L'horreur n'a pas de frontières et ce n'est pas pour stigmatiser un pays que cette fiction est née, mais bel et bien pour parler d'un sujet qui hante depuis des années Jean-Stéphane Sauvaire, le réalisateur.
Quel que soit le côté de la barrière : enfants bourreaux, enfants victimes, dans le fond tous subissent et aucun n'a eu le temps de se rêver, de s'inventer autrement, de se découvrir ou de construire sa personnalité en dehors de la guerre, de l'embrigadement.
Les jeunes acteurs sont en grande majorité d'anciens enfants soldats mais ce n'est pas leur propre rôle qu'ils interprètent, c'est avec beaucoup de tact, d'attention, de patience que l'équipe du film les a portés chaque jour de manière à ce qu'ils puissent témoigner, non de leur passé, mais du vécu de tous ceux qui, comme eux, se sont fait voler leur enfance. Victimes, certes, mais qui ont connu le goût du sang et y ont pris un certain plaisir. Sans apitoiement inutile, sans œillères, le film sonde l'âme humaine et nous questionne sur ces noirceurs, ces zones d'ombres qu'on préfèrerait ignorer. Qu'en dire de plus ? Qu'il ne faut vraiment pas le rater, car le tour de force est là : parler de l'horreur en la distanciant, en ne la rendant jamais insoutenable. Comme si on avait un masque de douceur, le regard lumineux du réalisateur pour nous montrer tout en nous protégeant de l'insupportable.
Quel que soit le côté de la barrière : enfants bourreaux, enfants victimes, dans le fond tous subissent et aucun n'a eu le temps de se rêver, de s'inventer autrement, de se découvrir ou de construire sa personnalité en dehors de la guerre, de l'embrigadement.
Les jeunes acteurs sont en grande majorité d'anciens enfants soldats mais ce n'est pas leur propre rôle qu'ils interprètent, c'est avec beaucoup de tact, d'attention, de patience que l'équipe du film les a portés chaque jour de manière à ce qu'ils puissent témoigner, non de leur passé, mais du vécu de tous ceux qui, comme eux, se sont fait voler leur enfance. Victimes, certes, mais qui ont connu le goût du sang et y ont pris un certain plaisir. Sans apitoiement inutile, sans œillères, le film sonde l'âme humaine et nous questionne sur ces noirceurs, ces zones d'ombres qu'on préfèrerait ignorer. Qu'en dire de plus ? Qu'il ne faut vraiment pas le rater, car le tour de force est là : parler de l'horreur en la distanciant, en ne la rendant jamais insoutenable. Comme si on avait un masque de douceur, le regard lumineux du réalisateur pour nous montrer tout en nous protégeant de l'insupportable.
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