HUNGER
Steve McQUEEN - GB 2008 1h40 - avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Suart Graham, Brian Milligan, Liam McMahon... Caméra d'Or et Prix de la Critique Internationale au Festival de Cannes 2008.

Artiste contemporain reconnu, Steve McQueen fait une entrée fracassante dans le monde du cinéma avec cet extraordinaire Hunger, claque magistrale, foudroyante de beauté, d'inelligence et de violence contenue. Comme Picasso peignant Guernica, Steve McQueen s'est attaqué à un des moments les plus terribles et les plus marquants de l'histoire de son pays, en l'occurrence, à la fin des années 70, le combat pour la dignité mené par les prisonniers indépendantistes irlandais, qui aboutira à la grève de la faim et à la mort de Bobby Sands devenu martyr. Il s'est aussi attaqué à ce sujet parce qu'en tant qu'artiste il s'intéresse au corps, tout particulièrement au corps meurtri. Le corps est la dernière arme symbolique dont le prisonnier dispose, lui qu'on a privé de sa liberté de circulation, mais aussi de tout contact avec l'extérieur (d'où fréquemment en prison les automutilations, les grèves de la faim, etc.). Et les militants de l'IRA détenus dans la prison de Maze le savaient.
En 1976, on est au paroxysme de la lutte indépendantiste en Irlande du Nord. En janvier 1972, la police britannique avait tiré sur une manifestation pacifiste, tuant 14 personnes, ce fut le Bloody Sunday, auquel devait répondre en juillet le Bloody Friday, série d'attentats de l'IRA. En 1976, le statut spécial des prisonniers indépendantistes est supprimé et les auteurs d'attentats sont assimilés à des condamnés de droit commun, ce à quoi ils vont s'opposer par une lutte qui va durer près de 5 ans. Leurs revendications sont simples : pas d'uniforme carcéral, pas de travail obligatoire, libre association, une visite, un colis et une lettre par semaine, remise normale des peines. Leur première arme, et c'est là où le film commence, est la campagne « Blanket and No Wash Protest » : refusant l'uniforme carcéral, les détenus vivent nus avec une couverture sur le dos et refusent toute hygiène,
L'incroyable audace du film tient autant dans la transformation physique de l'acteur Michael Fassbender que dans sa construction, dans son rythme : après une première partie ultra tendue, McQueen n'hésite pas à briser cet engrenage avec une longue discussion de 20 minutes entre Bobby Sands et un prêtre qui tente de le ramener à la raison. Un dialogue d'une intelligence rare, montrant que, malgré les brimades et la violence, la présence d'esprit des détenus est totale, mais où deux logiques s'affrontent : d'un côté un combat pour la vie, de l'autre un combat pour son peuple jusqu'à la mort.