Huit clos amoureux
Hans CANOSA, USA, 2005, 1h25mn, VOSTF, avec Helena Bonham Carter et Aaron Eckhart... Scénario de Gabrielle Zevin.
Au début on croit à une coquetterie de style… Cet écran coupé en deux agace le regard comme écartelé entre deux points de vue symétriques : celui d’un homme, celui d’une femme, leur présent et leur passé. Irréconciliables ? Peut-être. Différents, à coup sûr. Puis on s’y fait. Mieux, au fil du film, on finit par trouver indispensable ce « split screen », puisque c’est comme ça qu’on appelle ce procédé qui consiste à filmer avec deux caméras deux personnages qui jouent ensemble, présentant constamment en réplique à l’un le comportement de l’autre…
Ils se retrouvent à un mariage : il est le frère de la mariée, elle est venue pour remplacer la demoiselle d’honneur manquante, rose bonbon de la tête au pied. La rencontre est une surprise. Ils s’étaient connus, il y a longtemps, peut-être même aimés comme jamais ils n’ont aimé depuis. Elle avait disparu dans la nature, le laissant brutalement sur sa soif d’elle et depuis ils ont fait leur vie, comme on dit, chacun de leur côté. Elle dit être mariée à un cardiologue, il en pince pour une danseuse bien plus jeune que lui. Le temps qui passe lui fait peur.
Dix ans se sont passés depuis leur dernière rencontre, la maturité a arrondi les contours, donné du poids aux gestes… Qu’aurait été leur vie s’ils avaient continué à s’aimer au lieu de ce départ en plein milieu d’une fulgurante passion ? Leur intimité passée définit leur présent, leur donne une complicité immédiate. Parce qu’il n’y a pas d’enjeu d’avenir et qu’ils n’ont rien à se cacher ni à perdre, ils peuvent se laisser aller à être sincères comme avec personne d’autre, comme le mari de l’une et la maîtresse de l’autre ne les verra sans doute jamais.
Le temps de cette nuit de noces, c’est tout un passé qui refait surface, remonte par bouffées, tend les corps, tourneboule les cœurs. On évoque les moments de fulgurance partagée, le départ, on constate l’impossibilité pour chacun de comprendre le point de vue de l’autre. D’ailleurs, maintenant encore, chacun aimerait savoir comment ça se passe ailleurs… Mais le mystère reste entier. L’autre reste indéfiniment impossible à saisir, mouvant comme le temps, impossible à figer dans une vérité rassurante.
Serait-ce qu’il n’y a pas d’amour heureux ? À moins que ce soit l’idée qu’on s’en fait qui ne plane jamais aussi haut que les rêves. Au bout de la nuit, ils embarqueront chacun vers leur réalité, une réalité pleine d’amour encore, mais définitivement entachée par une insatisfaction chronique, l’envie constante d’un ailleurs, d’une fusion impossible, condamnés à errer à la recherche d’un idéal inaccessible. Utopia.org