manga kitsch
Tetsuya NAKASHIMA, Japon, 2005, 1h42mn, VOSTF, avec Kyoko Fukada, Anna Tsuchiya, Hiroyuki Miyasako, Ryoko Shinohara... Scénario de Tetsuya Nakashima d’après le roman Shimotsuma Monogatari de Novala Takemoto.
Film DE-JAN-TE! Les Kamikaze Girls débarquent et ne vont pas faire de quartier. On vous prévient tout de suite, ce film va à cent à l’heure. C’est un vrai manga-live qui raconte l’amitié improbable et pourtant profondément crédible entre deux filles que tout sépare, qui raconte aussi toute une jeunesse en quête d’identité. Le film, dopé par un humour décapant, est porté par une réalisation hyper dynamique et inventive (qui nous réserve même une excellente séquence d’animation) : les couleurs sont explosives, les plans et le montage toujours surprenants, la bande son endiablée… C’est à la fois totalement kitsch et parfaitement convaincant, c’est la tornade Kamikaze Girls…
Momoko ne jure que par le rococo, elle aurait aimé vivre en France au xviiie siècle, elle se pâmerait à coup sûr devant la Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Elle est à fond adepte d’une de ces sous-cultures qu’affectionnent les jeunes Japonais : le style Lolita. Sa panoplie : robe « dentelle et froufrous », ombrelle assortie, le tout bien sûr d’un rose délicieusement pastel et rehaussé de broderies qu’elle compose volontiers elle-même… Depuis peu, elle a malheureusement dû quitter Tokyo et ses boutiques branchées pour déménager avec son père, yakuza complètement raté, glandeur et pétomane, et sa grand-mère un peu toquée mais adorable. Elle se retrouve donc à Shimotsuma, une banlieue paumée au milieu de nulle part, le paradis de la déprime... Sans compter qu’elle est entourée de gens qui n’ont aucun goût, qui s’habillent n’importe comment au Jusco du coin (le Kiabi local), un vrai cauchemar…
C’est dans ce contexte cafardeux qu’elle rencontre la rebelle Ichigo, membre active des Ponytails, un gang de motardes très redouté. Enfin quand je parle de gang de motardes, c’est plutôt une bande de gamines sur des scooters améliorés… Toujours est il qu’Ichigo n’aime rien tant que se battre avec d’autres filles et qu’elle sait distribuer les coups de boule comme personne. Ajoutez à cela qu’elle jure comme un charretier et crache comme un footballeur, et vous aurez compris qu’elle est tout l’inverse de la délicate et précieuse Momoko. Mais contre toute attente, un lien se noue peu à peu entre les deux filles : elles ont finalement cette même impression de ne pas avoir leur place dans une société japonaise trop rigide, trop formatée pour elles…
Aux côtés des deux filles, les autres protagonistes ne sont pas en reste dans le genre complètement décalé, et composent une galerie de personnage tous plus déjantés les uns que les autres : du rebelle à la méga-banane fan de pachinko (machine à sous) au couturier super stressé et hyper maniéré, on ne s’ennuie pas une seconde.
Sous ses airs de comédie débridée, Kamikaze Girls propose un constat très juste et en définitive assez touchant de la jeunesse japonaise en rupture de ban. Nous voyons à l’œuvre des jeunes un peu perdus, totalement soumis à la dictature du look et des marques, asservis par une consommation effrénée. La plupart des ados au pays du soleil levant font partie de ces fameuses sous cultures, à l’image de Momoko la Lolita et Ichigo la Yanki. Elles pourraient aussi bien donner dans le style Gothic, Cyber ou bien Hawaï… En fait, les kids japonais profitent du week-end pour affirmer leur indépendance en adoptant une mode vestimentaire, en se conformant aux règles d’un univers codifié qui contraste fortement avec les conventions et l’uniforme en vigueur tout le reste de la semaine. Au Japon, le film a fait un véritable tabac lors de sa sortie et a connu une suite en manga.Vu de chez nous, Kamikaze girls est bien plus qu’une curiosité : un film résolument aventurier, qui mêle audace, fantaisie et sincérité affective, et qui vaut vraiment le coup d’œil utopia.org
