Rien n'est jamais définitif

Publié le par MAX HEADROOM

 QUI M’AIME ME SUIVE

Benoît COHEN, France, 2006, 1h40mn, avec Mathieu Demy, Romane Bohringer, Julie Depardieu, Eléonore Pourriat, Mathias Mlekuz, Fabio Zenoni, Thomas Chabrol, Rufus, Elizabeth Margoni... Scénario d’Éléonore Pourriat et Benoît Cohen.

C’est tout simplement une excellente et belle comédie, aussi drôle que touchante, finement écrite et bien rythmée, aussi légère dans ses effets que grave dans ses implications. Benoît Cohen et sa co-scénariste Elénore Pourriat signent un film doux amer, dans la droite ligne de leur précédent, le déjà très sympa Nos enfants chéris. Mais Qui m’aime me suive est encore meilleur : plus dense, plus riche, plus abouti. Bref c’est vraiment bien, ça fait plaisir, on vous attend !

Que diable pourrait-il demander de plus au ciel, le charmant Maxime Maréchal, 36 beaux printemps au compteur ?
Il cumule comme qui rigole les qualités et atouts propres à accomplir en parfaite harmonie avec son milieu une vie qui semble tout naturellement tournée vers le bonheur. J’énumère :
• Une femme brillante, intelligente, sexy et indépendante qui l’aime et qu’il aime.
• Un métier passionnant à forte reconnaissance sociale dont il vient de gravir un échelon supplémentaire : chef de clinique dans un service de cardiologie.
• Un bel appart et peut-être bientôt une résidence secondaire, genre petite baraque à retaper le week-end, quelque part à la campagne mais pas trop loin de la ville.
• Et puis des amis fidèles, des parents sympathiques, si fiers de leur rejeton…

Bref, une vie qui semble inéluctablement vissée à l’harmonie, à la satisfaction, aux plaisirs simples du petit bourgeois (un peu bohème) qu’il est devenu sans vraiment s’en rendre compte.
Mais à la question : peut-on suffoquer dans un trop plein de bonheur, et ressentir le besoin, de toute urgence sous peine de complications, d’une forte dose d’oxygène, d’un grand souffle de changement ? Maxime Maréchal pourrait bien répondre : OUIIIII !, dans un cri venant du plus profond de son cœur, pas celui qui l’a hissé jusqu’au point où il est arrivé, non, l’autre, celui qui s’est retrouvé au fil des ans enseveli sous les habitudes, la sécurité et le confort, et qui, un beau matin, comme par évidence, décide qu’il est temps de monter à l’assaut de cette existence trop bien huilée pour y mettre un petit grain de folie.

Et quand dans un bar, au hasard d’une errance mélancolique, il tombe nez-à-nez avec la mystérieuse et troublante Chine qui gratte la guitare et chante ses chansons mélancoliques, ce cœur-là se décide enfin à faire son coming out.
Certains auraient choisi de tout plaquer pour faire un tour du monde, Maxime Maréchal opte pour une solution plus personnelle : faire le tour de ses anciens potes pour reformer le groupe de rock dont il était, dans ses années de jeunesse, leader. Mais passer du statut du « si brillant médecin marié à une si belle avocate » à celui de « chanteur de rock cherchant l’inspiration » n’est pas une mince affaire et la pilule est plutôt amère pour son entourage qui ne sait pas trop s’il faut rire de cette folie, s’en moquer en espérant que jeunesse tardive se passe ou bien sérieusement s’inquiéter de cette chronique d’un gâchis annoncé.
« Qui a bon cœur trouve toujours bon temps pour la bataille. » dit le serviteur de Philippe VI peu de temps avant d’aller au combat, ce à quoi le bon roi claironna : « Qui m’aime me suive ! » Jamais trop tard pour lutter contre les convenances avant qu’elles ne vous engluent dans un quotidien irrécupérable, jamais trop tard pour reprendre en chemin ses rêves de gamin… mais que de boulot !

On retrouve avec bonheur l’essentiel de l’épatante bande d’acteurs déjà réunie dans Nos enfants chéris : Mathieu Demy, Romane Bohringer, Mathias Mlekuz, Eleonore Pourriat (qui ne se contente pas d’écrire), Zenoni… Les petits nouveaux (Depardieu fille, Chabrol fils, Rufus…) s’intègrent sans effort, tous et chacun sont formidables, et le film doit beaucoup à cet esprit de troupe, à cette complicité chaleureuse et communicative.

Cerise sur le gâteau, les passages musicaux sont tout à fait convaincants. Mathieu Demy et Éléonore Pourriat à la guitare et au chant, Fabio Zenoni à la batterie, le grand escogriffe dont j’ai oublié le nom à la basse, ça fonctionne, ça balance !   Utopia.org

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Publié dans cinetampes

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