Helen Mirren

Lorsqu’il ne s’évade pas en tournant des films de genre américains, Stephen Frears s’attache, de film en film, à dresser un portrait particulièrement lucide et vivant de son Angleterre natale, passée et présente. Depuis My beautiful laundrette jusqu’à Mrs Henderson présente, en passant par Liam, The Snapper ou Dirty pretty things, il nous donne sa vision de son pays, cherchant avec une honnêteté et une sincérité évidentes à nous le faire comprendre, nous le faire aimer mais tout aussi bien détester. Avec ce remarquable The Queen, doublement et justement récompensé au festival de Venise, c’est la monarchie qu’il passe au scanner et, loin de tout manichéisme, il esquisse un portrait finalement attachant de la Reine Elisabeth.
Nous sommes au mois de Mai 1997. Tony Blair, candidat travailliste, est élu avec une écrasante majorité. Il est bien décidé à réformer son pays et ses institutions. Ce jeune loup, avec son sourire scotché et son horripilant « appelez-moi Tony », n’a rien pour plaire à Elisabeth II. Elle est bien décidée à ne pas lui rendre la tâche facile. Mais le 31 Août 97, tout va basculer. Les Britanniques et le monde entier apprennent la mort de Diana. En quelques jours, le parvis de Buckingham Palace est recouvert de fleurs. Mais voilà, le palais est vide. La Reine et son entourage sont en Écosse dans la résidence d’été. Pour Elisabeth, il n’est pas question de rentrer à Londres et de participer à l’hystérie qui s’est emparée du pays. Une véritable crise institutionnelle menace alors le royaume…
On pourrait imaginer, à première vue, que Frears et son scénariste nous proposent un portrait au vitriol de la reine Elisabeth. Une charge virulente contre la monarchie vieillissante et ses privilèges d’un autre âge. En résumant un peu rapidement le propos du film, on peut dire qu’il raconte l’histoire des rapports entre le tout jeune premier ministre d’alors, Tony Blair, et sa souveraine. Des rapports, on le voit très vite, plutôt teintés de mépris réciproque.
Pourtant, au fil de son récit, Frears laisse transparaître autre chose, une autre réalité. Il propose une véritable grille de lecture pour comprendre le peuple Britannique et ses rapports aux institutions et plus précisément son rapport à la monarchie. Il est vrai que pour nous qui vivons dans une république (même si parfois on à l’impression d’être gouvernés par des monarques…), tout ceci nous paraît comme faisant partie d’un folklore un peu désuet et très souvent grotesque. Pour les Anglais il n’en est rien, et même chez les plus républicains d’entre eux, la Reine reste le symbole de la cohésion du pays tout entier.
Ceci étant, on connaît les Anglais pour leur sens de l’humour et leur propension à l’autodérision et Frears ne nous déçoit pas. Le ton du fim est tout à la fois extrêmement sérieux et irrésistiblement caustique.
Tout le monde en prend pour son grade. Que ce soit la Reine, ou le Prince Phillip mais aussi le Prince Charles ou Tony Blair ainsi que son épouse Cherryl, personne n’est épargné sans que jamais Frears ne se livre à un quelconque lynchage gratuit. Ses portraits, si incisifs soient-ils, confèrent aux protagonistes une véritable humanité. Humanité que l’on a tendance à oublier tant il est vrai que nous ne connaissons rien ou si peu de ces personnages. Seulement ce que les agents de communication veulent bien laisser transparaître.
On devine les intentions des auteurs, que l’on ne peut pas taxer d’être particulièrement complaisants : aller au-delà des apparences si chères aux « tabloids » et à la télévision ; donner à cette crise profonde, qui a secoué L’Angleterre, un nouvel éclairage – qui semble d’ailleurs avoir valeur de document puisque s’appuyant sur un scénario extrêmement étayé – mais aussi montrer un autre visage des uns et des autres.
À tous les niveaux, c’est parfaitement réussi.
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