James Ellroy

Publié le par MAX HEADROOM

LE DAHLIA NOIR Site officiel
  Brian DE PALMA, USA, 2006, 2h00
, VO, avec Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Aaron Eckhart, Hilary Swank, Mia Kirshner... Scénario de Josh Friedman, d’après le roman de James Ellroy.


Rappelons que ce Dahlia noir impatiamment attendu – en tout cas par nous – est inspiré d’un fait divers survenu à Los Angeles en 1947, et du roman culte qu’en a tiré James Ellroy. Rien d’étonnant à ce que l’auteur de Soeurs de sang et d’Obsession, l’homme qui faillit devenir chirurgien, le cinéaste du crime parfait, du trauma et de la fascination de l’écran ait été captivé par cette descente aux enfers.

« Le Dahlia noir » est le surnom donné à une certaine Elisabeth Short, jeune fille rêvant d’une carrière hollywoodienne, que l’on découvrit le visage ouvert d’un coup de couteau, le corps dénudé, mutilé, couvert d’ecchymoses et de brûlures de cigarette, coupé en deux à la hauteur de la taille et totalement éviscéré. Cas légendaire, cet abominable assassinat suscita des centaines de confessions, désigna des myriades de suspects, engendra même l’enquête d’un homme, nommé Steve Hodel, qui prétendait que le coupable était son père. Selon Don Wolfe (dont l’enquête vient d’être publiée chez Albin Michel), c’est du côté du roi de la pègre Bugsy Siegel qu’il fallait chercher...

Pour James Ellroy, cette affaire a servi d’exutoire au meurtre de sa propre mère : il a mêlé les deux événements « comme un shaker de Martini dans (son) cerveau », en a fait une histoire de martyr et de rédemption, une surenchère de scènes primitives avec père assassin et mère putain.

Le film de De Palma campe deux policiers, anciens boxeurs, incorruptibles, formant un trio ambigu avec Kay, blonde torride (Scarlett Johansson), et qui se jurent de démasquer le bourreau psychopathe avec un idéalisme qui les fait basculer dans la transgression. Ces deux lascars dénommés Feu et Glace rencontrent des méchants de légende, explorent les arcanes glauques d’un monde cinématographique aux couleurs noir, blanc et sang, frôlent des pépées auxquelles il est conseillé de ne pas donner le bon Dieu sans confession, surtout la troublante Madeleine, sosie du Dahlia (Hillary Swank, Oscar pour son rôle de boxeuse dans Million Dollar Baby, de Clint Eastwood).

Teintée de bistre, la traque fiévreuse des flics est somptueusement mise en scène. En particulier dans les scènes où l’arrivée dans un lieu suspect, annonciateur d’action spectaculaire, est magnifiée par des mouvements de caméra ensorcelants. C’est l’un des points où De Palma rejoint Ellroy, obsédé par le viol de l’intimité, jouissant de la pénétration par effraction (par la caméra) dans une maison où d’autres cachent leurs secrets. Fait rare : Ellroy adore le film. « Mon roman référence est devenu un film d’exception ». Il s’identifie à De Palma comme il s’identifiait à son flic, Bleichert (Aaron Eckhart), qu’il voit comme un scénariste-réalisateur, « le voyeur qui observe le sexe avec sa caméra. Bleichert c’est moi, Bleichert est De Palma. Bleichert me ressemble : il est porteur d’une flamme, il porte en lui une douleur qui le consume et il ne craint pas de se brûler ».

Côté De Palma, c’est dans la mythologie du film noir qu’il faut trouver ses références, du côté des fauves sexy et des trognes façon Scarface, des bagnoles années 1940 et des corbeaux vampires, de l’expressionnisme allemand et de L’Homme qui rit, de Victor Hugo, le sourire grotesque taillé à la lame du couteau, du théâtre de l’abomination, du machiavélisme du dédoublement, de l’Amérique comme fiction, comme mensonge, comme obstination à démasquer l’abjection.
  Le Monde

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Publié dans cinetampes

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