Clap de fin
(A PRAIRIE HOME COMPANION) Robert ALTMAN, USA, 2006, 1h45mn, VO, avec Meryl Streep, Kevin Kline, Woody Harrelson, John C. Reilly, Garrison Keillor, Virginia Madsen, Lindsay Lohan, Lily Tomlin, Tommy Lee Jones... Scénario de Garrison Keillor.
Ça démarre dans une ambiance de polar des années quarante ou cinquante. Une voix off, celle de Jim Noir, responsable de la sécurité et ex-détective privé, nous introduit dans les coulisses du Fitzgerald Theater de Saint Paul, capitale du Minnesota, où, comme toutes les semaines depuis des lustres, va être enregistré en public et en direct le divertissement radiophonique « A Prairie Home Companion », savant mélange de numéros musicaux et d’intermèdes humoristiques. Seulement il se la joue un peu Jim Noir, son imagination est bien plus développée que son calamiteux sens de la déduction, et contrairement à ses supputations, des crimes ou des malfaiteurs on n’en verra pas la couleur : certes, une mystérieuse et inquiétante créature blonde en imper immaculé rôde, mais la seule élimination programmée est celle de l’émission elle-même, la station de radio qui la diffuse venant d’être rachetée par une grosse entreprise texane qui ne veut plus de ce show d’un autre âge.
Dans la grande tradition des films choraux dont Robert Altman, de M*A*S*H* à The Player ou de Short cuts à Gosford Park, est devenu un spécialiste, nous allons regarder s’affairer et se croiser une bonne dizaine de personnages principaux. Entre les loges et la scène, la vie privée et la représentation artistique, la fiction et la réalité (certains musiciens, techniciens ou interprètes jouant leur propre rôle), une bande d’artistes modestes et passionnés est déterminée à continuer le spectacle comme si de rien n’était, à occulter sa fin annoncée. Il y a là les deux sœurs Johnson, chanteuses country qui, vaille que vaille et le sourire aux lèvres, se produisent ensemble depuis si longtemps que l’une finit sans même y penser les phrases que l’autre commence. On découvre également Dusty et Lefty, un impayable duo de cow-boys immatures aux blagues douteuses, et surtout G.K., le maître de cérémonie pince-sans-rire qui présente le show avec désinvolture, même quand l’assistante qui a perdu le conducteur de l’émission le contraint à improviser, qui pousse la chansonnette avec une voix de velours à vous donner des frissons, et qui débite imperturbablement les inénarrables fausses réclames de sponsors imaginaires, égratignant l’air de rien l’absurdité de la vie moderne avec un bon sens campagnard et un pragmatisme débonnaire caractéristiques du Midwest américain. Tout ce petit monde évolue dans un univers hors du temps, à rebours de toutes les modes, d’aucuns diront à la limite de la ringardise, mais l’harmonie qui s’en dégage et le plaisir qu’ils prennent à être ensemble sont communicatifs. Leur condition de sursitaires sur le point d’être rattrapés par la dure réalité distille en outre une touche mélancolique qui rend l’ensemble extrêmement poignant...
Sachez pour la petite histoire que l’émission « A Prairie Home Companion » existe bel et bien dans la réalité : créée il y a plus de trente ans, c’est un véritable phénomène radiophonique qui rassemble chaque semaine plusieurs millions d’auditeurs aux Etats-Unis et dans le monde anglophone. Écrite, produite et présentée par Garrison Keillor (scénariste du film et « interprète » du rôle de G.K.), elle raconte notamment, comme dans les feuilletons radiophoniques d’autrefois, les aventures de ses héros maison que sont Guy Noir, Dusty et Lefty, qui dans le film sont devenus des personnages réels…
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