Diane Arbus

Publié le par MAX HEADROOM

(portrait imaginaire de Diane Arbus) Steven SHAINBERG, USA, 2006, 2h, avec Nicole Kidman, Robert Downey Jr., Ty Burell, Harris Yullin, Jane Alexander, Emmy Clarke, Genevieve McCarthy... Scénario d’Erin Cressida Wilson, inspiré par le livre Diane Arbus : a biography de Patricia Bosworth.


 

« FUR », en anglais : fourrure, poils, pelage… Drôle de titre pour un film qui se présente comme « un portrait imaginaire » de Diane Arbus, l’une des plus importantes photographes de l’après-guerre, qui influença toute la photographie américaine et, en particulier celle de Nan Goldin et Cindy Sherman.
Étrange titre donc, et pourtant… il donne en substance le ton choisi par le réalisateur pour cette approche très libre, volontairement partielle et partiale de la vie de l’artiste. Entre fascination et répulsion pour tout ce qui n’est ni lisse, ni limpide, entre ambivalence des attirances et ambiguïté des sentiments, le film s’attache à décrire l’univers de Diane Arbus plus que ses créations.
Situé dans les années 1950, Fur raconte une période très courte dans l’existence de l’artiste et imagine, au regard contemporain de sa photographie, ce qu’auraient pu être les prémisses de la naissance de son œuvre. On y découvre la gestation imaginaire d’un travail qui sera singulier et révolutionnaire… Le film se termine sur le premier reportage photographique de Diane et s’achève ainsi là où tout commence. Choix audacieux que celui de nous laisser imprégnés de l’ambiance déroutante de son univers sans nous dévoiler la suite. C’est au spectateur de refermer ce portrait cinématographique de fiction pour ouvrir l’autre, celui de la vraie Diane Arbus…

« Fur » comme fourrure… celle que vend le père de Diane, riche homme d’affaire, aux membres de la très fermée bourgeoisie New-Yorkaise. Lapin, chinchilla, vison… des peaux de bêtes mortes sur des épaules féminines à l’arrogance parfaite, au port impeccable. Petit milieu étriqué dans lequel Diane navigue par héritage, coincée entre des parents qui la regardent un peu comme une intruse, avec ses robes d’un autre âge, sa timidité presque maladive, et une vie sociale qui n’a pas grand sens à ses yeux. Le mari de Diane est photographe et elle est son assistante. Une alliée discrète et efficace qui travaille dans l’ombre et connaît tout de la photographie : les appareils, les angles, la lumière, les contrastes et les cadres. À eux deux, ils dirigent un petit studio au service des intérêts du père : ses magasins, ses fourrures, son business, son pouvoir, son argent.
Diane étouffe, en silence ; Diane suffoque, en apparté ; et l’on croit distinguer derrière son regard bleu acier, si calme en apparence, une faille profonde, ouvrant sur des névroses qui vont chercher leurs racines dans les terres troubles de l’enfance.
Un soir, elle remarque une agitation anormale dans l’appartement au dessus du sien. Des allées et venues indiquent que quelqu’un vient d’emménager, mais les meubles aux formes inquiétantes, les bruits étranges, lui indiquent que ce quelqu’un n’appartient pas tout à fait à son monde, fait de belles porcelaines et de boas en chinchilla. L’homme est seul, il porte un étrange masque qui dissimule son visage. Seuls ses yeux sont visibles…
Un jour, Diane retrouve dans la tuyauterie de sa salle de bain une masse informe de poils et de cheveux mêlés, ainsi qu’une petite clé… Diane a peur, Diane est excitée, Diane est attirée, Diane est effrayée… De toute sa peau, de tout son trouble, elle veut savoir qui se cache derrière le masque.

Diane Arbus s’intéressa avec un regard pudique et profondément respectueux aux marginaux, aux « freaks », aux individus rejetés parce que nés avec des anomalies : femmes à barbe, nains, géants… aux artistes de cirque et aux travestis, mais aussi aux vieillards, aux jumeaux… Le film est une porte ouverte sur l’âme de Diane, sur ses démons et ses pulsions, sur cette fascination peu recommandable, et sur l’influence que tout ce trouble aura sur sa créativité.

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Publié dans cinetampes

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