RF.K

Publié le par MAX HEADROOM

BOBBY

Ecrit et réalisé par Emilio ESTEVEZ, USA, 2006, 1h52mn, avec Emilio Estevez, Anthony Hopkins, Demi Moore, Sharon Stone, William H. Macy, Harry Bellafonte, Laurence Fishburne, Helen Hunt, Martin Sheen, Ashton Kutcher, Freddy Rodriguez...



Ce film raconte l’histoire d’un rendez-vous manqué, entre une nation et sa destinée, comme une terrible erreur d’aiguillage qui aurait définitivement orienté les Etats-Unis d’Amérique sur le mauvais chemin, au moment même où il était encore possible de prendre la voie de la raison.
L’histoire de Bobby se déroule sur quelques jours, mais dans ces quelques jours, il y a tout : les promesses d’un monde meilleur, plus juste, plus humain, plus pacifique ; tout autant que le ferment des catastrophes à venir : enlisement dans des guerres qui n’en finissent pas, peurs et ultra protectionnisme…
C’est l’histoire du destin avorté de celui qui aurait pu être le président le plus socialiste de toute l’histoire des Etats-Unis, le sénateur Robert F. Kennedy, frère de John, humaniste incorruptible porteur d’un message d’espoir, de paix et de justice sociale à l’heure où l’Amérique est divisée en trois : ceux qui meurent au Vietnam, ceux qui ont faim et ceux qui ont le pouvoir.
En découvrant Bobby, on se plait à divaguer, à rêver à ce qu’aurait pu être le monde si, dans la nuit du 4 au 5 juin 1968, le sénateur n’avait pas été assassiné… Il aurait sans doute été élu président, puisque le 4 juin, il avait remporté 5 des 6 primaires démocrates dont la Californie. Porté par une ferveur populaire venant de toutes les classes sociales, des blancs, des noirs et des latinos, il aurait mené à bien une politique basée sur la justice sociale, les droits civils, la démocratie, la défense de la santé publique. Il aurait mis fin à la guerre du Vietnam, renvoyé les marchands d’armes chez eux et aurait parcouru encore et encore le pays, des ghettos urbains aux campagnes affamées, pour y puiser force et inspiration, loin des faucons de Washington…
Henry Kissinger serait resté un professeur bien tranquille à Harvard, et Allende n’aurait pas été assassiné le 11 septembre 1973… Quant à la famille Bush, baignée dans un tel climat national de justice sociale, de paix mondiale et de partage équitable des richesses, elle aurait créé un orphelinat dans sa propriété texane ; le petit George aurait épousé une belle mexicaine et aurait consacré sa vie à l’élevage bio de moutons… Un bien doux rêve que celui-là…

Le film d’Emilio Estevez raconte avec beaucoup de force et de justesse cet élan d’une Amérique à la recherche d’un monde meilleur. Sans jamais nous montrer le visage d’un Bobby de fiction, il a fait le choix judicieux de parler de son sujet par un axe singulier qui évite les pièges de la biographie filmée. Le film raconte en effet les quelques heures précédant l’assassinat du sénateur, dans les couloirs de l’Hotel Ambassador de Los Angeles où il doit prononcer un discours. Entre ferveur démocrate, effervescence électorale et conflits sociaux, on croisera les destins d’une kyrielle de personnages : un vieux portier qui a vu défiler tout le gratin ; un directeur un peu perdu qui tangue entre sa femme, sa maîtresse et son sens de la justice sociale ; une chanteuse alcoolique qui vit son chant du cygne ; une jeune fille qui va épouser un copain de classe pour lui éviter le Vietnan ; un couple cassé qui tente une ultime reconstruction… et des employés mexicains exploités par un supérieur raciste et autoritaire…
Et, parfaitement intégrés à cette trame, à ces beaux personnages de fiction, les mots, les discours, les paroles et les images du vrai Bobby.

Généreux et idéaliste, d’une modernité inquiétante, Bobby est un film dont l’intelligence du propos fait un bien fou…Ce qui attriste un peu plus, c’est la contemplation d’un si bel héritage ainsi gaspillé.

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Publié dans cinetampes

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