La (re)découverte s'impose!
Alejandro Jodorowsky, né Chilien en 1929, immigré en France en 1953, Mexicain d’adoption à partir de 1965 et désormais citoyen du monde intergalactique, est essentiellement connu aujourd’hui comme scénariste de Bande Dessinée, partenaire privilégié de pointures aussi définitives que Moebius, Georges Bess (Jodo a reçu l’Alphart du meilleur scénario à Angoulême en 1996 pour le premier épisode de Juan Solo), François Boucq, Gimenez, Beltran, Arno, Janjetov... Mais il est aussi écrivain, auteur dramatique, mime, tireur de tarot (!!), auteur-interprète de one man show (il s’est lui-même surnommé à une époque “le Raymond Devos du mysticisme!) et réalisateur de films hors normes, délirants, mystiques, grandioses, bref totalement barrés.
Ce sont les deux plus remarquables qui vous sont proposés aujourd’hui en copies neuves: EL TOPO et LA MONTAGNE SACRÉE, réalisés tous deux au Mexique, et invisibles depuis belle lurette...

Hors-la-loi et pistolero hors-pair, El Topo défie, pour l’amour d’une femme et par désir de devenir le meilleur incontesté dans son art, les Quatre Maîtres du Désert. Il lui faudra les vaincre un à un pour que sa conscience s’élève. C’est ce moment d’accomplissement que choisit sa femme, celle pour qui il a tant risqué, pour le trahir...
Sa nouvelle vie d’homme saint commence alors et El Topo choisit, comme chemin de sa rédemption, de libérer une communauté de parias, s’engageant dans un combat démesuré, balisé d’épreuves sans cesse répétées.
El Topo est un incroyable croisement entre le western spaghetti et le surréalisame à la sauce panique, s’échappant dans des délires psychédéliques propices à séduire la génération « flower power ». Quête mystique sous couvert d’une histoire de duels et de vengeance, le film trace sa route à la manière des récits picaresques, dérapant à la moindre occasion dans des embardées poétiques accidentelles, déroutantes, et souvent d’une beauté époustouflante.
Ce film violent, mystique autant qu’anti-religieux, deviendra presqu’immédiatement une oeuvre culte, programmée dans un cinéma de New York pendant 7 mois aux fameuses séances de minuit.

C’est John Lennon, mystique sévèrement frappadingue lui-même, qui initia la production de La Montagne sacrée, exercice sans filet de science-fiction métaphysique imaginée par un Jodorowsky en état second : « Avec une maîtresse américaine, prénommée Manzana et admiratrice de mon personnage d’El Topo, je voyageais à travers le Mexique, écrivant dans chaque village une scène du film. Je luttais pour écrire quelque chose à la hauteur d’un Sutra ou d’un Évangile. Petit à petit, durant les 40 jours de ce périple, avec mes ambitions mystiques diurnes et mes coïts nocturnes, je fus comme transformé en une espèce d’extra-terrestre ! »
Un vagabond aux allures christiques, qui vole plus qu’il ne prie, s’introduit dans une tour étrange et gigantesque. Il y rencontre un maître alchimiste qui le prend en main et lui présente sept personnages riches et puissants, chefs des sept planètes du système solaire. Ensemble ils entreprennnent un pélerinage vers la Montagne Sacrée, pour dérober le secret de l’immortalité aux neuf sages qui vivent là-bas...
Un trip halluciné, bourré de symboles détournés, qui brasse les mythes et les religions, la métaphysique et la psychanalyse. Esprits trop cartésiens, l’air de La Montagne va vous faire tourner la tête !