"Hartley touch"
Fay Grim
Un film de Hal Hartley
Dans cette suite informelle de Henry Fool (1998), Hal Hartley suit le périple farfelu et hilarant de Fay, égarée dans le monde de l’espionnage international sur fond de terrorisme, de paranoïa, de religion et d’amour.
(USA / Allemagne, 2006, 118 mn)
Avec Parker Posey, James Urbaniak, Jeff Goldblum, Saffron Burrows, Elina Löwensohn…
Fay Grim élève seule son fils de 14 ans Ned en faisant tout pour qu’il ne devienne pas comme son père Henry. Sept ans auparavant, celui-ci a tué involontairement un voisin malveillant et a pris la fuite. On a perdu sa trace depuis ce jour. Simon, son frère, autrefois éboueur et maintenant poète de renom international purge une peine de prison pour avoir aidé Henry dans sa fuite. En réfléchissant à l’autobiographie d’Henry, Simon arrive à la conclusion que le manuscrit est rempli d’informations codées concernant des atrocités commises dans le monde entier durant les cinquante dernières années. Au même moment, la CIA et le gouvernement français contactent Fay à propos de ses carnets de note écrits par son mari…
Dans cette suite informelle de Henry Fool (1998), Hal Hartley suit le périple rocambolesque de Fay, la femme d’Henry qui s’est fait la malle à Stockholm sept ans auparavant sans plus jamais donner de nouvelles. La jolie Fay, totalement dépassée par les événements cherche son mari désespérément sans toutefois vouloir le reconnaître une seconde. Touchante, elle assène d’ailleurs tous les quart d’heure comme un refrain : « I am single now. Kind of… » (« Je suis célibataire maintenant. En quelque sorte… »). En fouillant les ressorts de la paranoïa, cette obsession d’une vérité dangereuse dissimulée sous la réalité la plus banale (par exemple un ex-jardinier vrai agent secret), Hartley, après une assez longue absence, donne sa propre version cinématographique du trauma du 11 septembre 2001. Son originalité est de traiter ce thème sous l’angle de la comédie et de l’humour absurde. Les répliques à froid et les vérités premières fusent dans tous les sens faisant pouffer le public de la salle mais bizarrement jamais tout le monde en même temps. Pince sans rire, il pose des phrases définitives dans la bouche d’un agent de la CIA (Jeff Goldblum), un homme un vrai a priori averti des choses de la vie : « the world is a mess » (le monde est un vrai bordel).
Parker Posey joue sa Fay en adorable paumée, toujours en décalage avec ses proches. Le cadrage penché systématiquement à gauche ou à droite signifie bien le désordre permanent, l’état d’esprit border line littéralement de cette jeune femme, qui voit tout son monde basculer.
Des références à l’âge d’or de la comédie américaine se retrouvent dans ce rythme particulier de la « screwball comedy » avec des accélérations de texte dignes de la « Dame du Vendredi » de Hawks. Le réalisateur s’amuse même avec des concepts, images arrêtées, titres et intertitres. Toute la magie d’Hal Hartley réside dans la superposition inattendue de sentiments paradoxaux : par exemple, une scène de cul très marrante qui comporte presque en insert un instant émouvant, suspendu. Des acteurs splendides comme James Urbaniak et Thomas Jay Ryan contribuent eux aussi à donner ce ton particulier. Pour Hartley, il n’y a aucune distance entre un éboueur et un prix Nobel de littérature, entre un espion, un terroriste ou une hôtesse de l’air. Comme dans « Amateur », le film noir attend toujours les héros quelque part au détour d’une rue ou dans une chambre d’hôtel. Les événements les plus surprenants prennent le pas sur le quotidien lequel dérape insensiblement dans le grand n’importe quoi. Des agents secrets de tous pays aux basques de Fay et des écrits d’Henry entrent dans la danse : comme dans Casino Royale (version 1967), une chatte n’y retrouverait pas ces petits. Il faut l’avouer, malgré quelques longueurs, la géopolitique vue par Hal Hartley a le mérite d’être, pour une fois, drôle et réjouissante. Au fur et à mesure, les quiproquo tournent à l’absurde de New York jusqu’à Paris puis Istanbul. Dans cette fable, Hal Hartley semble feuilletter un comic book, une suite d’aventures hilarantes, parsemant l’air de rien au hasard des vignettes des pensées profondes sur la religion, le terrorisme, l’amour et les peurs modernes.
Delphine Valloire
Un film de Hal Hartley
Dans cette suite informelle de Henry Fool (1998), Hal Hartley suit le périple farfelu et hilarant de Fay, égarée dans le monde de l’espionnage international sur fond de terrorisme, de paranoïa, de religion et d’amour.
(USA / Allemagne, 2006, 118 mn)
Avec Parker Posey, James Urbaniak, Jeff Goldblum, Saffron Burrows, Elina Löwensohn…
Fay Grim élève seule son fils de 14 ans Ned en faisant tout pour qu’il ne devienne pas comme son père Henry. Sept ans auparavant, celui-ci a tué involontairement un voisin malveillant et a pris la fuite. On a perdu sa trace depuis ce jour. Simon, son frère, autrefois éboueur et maintenant poète de renom international purge une peine de prison pour avoir aidé Henry dans sa fuite. En réfléchissant à l’autobiographie d’Henry, Simon arrive à la conclusion que le manuscrit est rempli d’informations codées concernant des atrocités commises dans le monde entier durant les cinquante dernières années. Au même moment, la CIA et le gouvernement français contactent Fay à propos de ses carnets de note écrits par son mari…
Dans cette suite informelle de Henry Fool (1998), Hal Hartley suit le périple rocambolesque de Fay, la femme d’Henry qui s’est fait la malle à Stockholm sept ans auparavant sans plus jamais donner de nouvelles. La jolie Fay, totalement dépassée par les événements cherche son mari désespérément sans toutefois vouloir le reconnaître une seconde. Touchante, elle assène d’ailleurs tous les quart d’heure comme un refrain : « I am single now. Kind of… » (« Je suis célibataire maintenant. En quelque sorte… »). En fouillant les ressorts de la paranoïa, cette obsession d’une vérité dangereuse dissimulée sous la réalité la plus banale (par exemple un ex-jardinier vrai agent secret), Hartley, après une assez longue absence, donne sa propre version cinématographique du trauma du 11 septembre 2001. Son originalité est de traiter ce thème sous l’angle de la comédie et de l’humour absurde. Les répliques à froid et les vérités premières fusent dans tous les sens faisant pouffer le public de la salle mais bizarrement jamais tout le monde en même temps. Pince sans rire, il pose des phrases définitives dans la bouche d’un agent de la CIA (Jeff Goldblum), un homme un vrai a priori averti des choses de la vie : « the world is a mess » (le monde est un vrai bordel).
Parker Posey joue sa Fay en adorable paumée, toujours en décalage avec ses proches. Le cadrage penché systématiquement à gauche ou à droite signifie bien le désordre permanent, l’état d’esprit border line littéralement de cette jeune femme, qui voit tout son monde basculer.
Des références à l’âge d’or de la comédie américaine se retrouvent dans ce rythme particulier de la « screwball comedy » avec des accélérations de texte dignes de la « Dame du Vendredi » de Hawks. Le réalisateur s’amuse même avec des concepts, images arrêtées, titres et intertitres. Toute la magie d’Hal Hartley réside dans la superposition inattendue de sentiments paradoxaux : par exemple, une scène de cul très marrante qui comporte presque en insert un instant émouvant, suspendu. Des acteurs splendides comme James Urbaniak et Thomas Jay Ryan contribuent eux aussi à donner ce ton particulier. Pour Hartley, il n’y a aucune distance entre un éboueur et un prix Nobel de littérature, entre un espion, un terroriste ou une hôtesse de l’air. Comme dans « Amateur », le film noir attend toujours les héros quelque part au détour d’une rue ou dans une chambre d’hôtel. Les événements les plus surprenants prennent le pas sur le quotidien lequel dérape insensiblement dans le grand n’importe quoi. Des agents secrets de tous pays aux basques de Fay et des écrits d’Henry entrent dans la danse : comme dans Casino Royale (version 1967), une chatte n’y retrouverait pas ces petits. Il faut l’avouer, malgré quelques longueurs, la géopolitique vue par Hal Hartley a le mérite d’être, pour une fois, drôle et réjouissante. Au fur et à mesure, les quiproquo tournent à l’absurde de New York jusqu’à Paris puis Istanbul. Dans cette fable, Hal Hartley semble feuilletter un comic book, une suite d’aventures hilarantes, parsemant l’air de rien au hasard des vignettes des pensées profondes sur la religion, le terrorisme, l’amour et les peurs modernes.
Delphine Valloire
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