Dépression chronique
Carine TARDIEU, France, 2007, 1h35mn, avec Karin Viard, Chloé Coulloud, Kad Merad, Pascal Elbé, Jane Birkin, Sarah Cohen-Hadria, Arthur Ligerot... Scénario de Carine Tardieu et Michel Leclerc.

Ça commence par un bon coup de poing dans la figure ! La fille a un regard qui lance des éclairs et le garçon une vraie gueule d’ange. A quinze ans, les impulsions, ça ne se maîtrise pas, ça s’exprime et celui-là, il ne l’aura pas volé, son direct au menton : fallait pas l’appeler Lucille. C’est Lulu qu’elle se prénomme, la belle môme, point barre ! Alors on l’appelle Lulu ou mieux encore, on ne l’appelle pas !
Lulu donc, c’est une pile électrique montée sur ressort ; une belle plante qui aurait poussé un peu vite et qui cache ses rondeurs sous des sweat-shirts trop grands, histoire de ne pas ressembler à ses copines qui se croient déjà femmes, se la jouent lolita, sous-vêtements en dentelle qui gratte et mascara plein les mirettes. Lulu est nature, tout d’une pièce, et Lulu en veut à la Terre entière, et d’abord et surtout à sa mère.
Parce que sa mère, elle est ailleurs, absente au monde et à elle-même, perdue dans une quatrième dimension un peu bizarre où les galaxies tournent autour de sa personne… Juliette flotte dans le coton, plaintive, éternellement fatiguée, toujours au bord de l’effondrement et fascinée par ses tourments digestifs, une vraie passion ! Autant dire qu’il n’y a pas beaucoup d’espace pour cette adolescente en pleine crise qui n’aspire qu’à une seule chose : que sa mère la regarde autrement qu’avec ses yeux de cocker.
Lulu est persuadée que sa mère fricote dangereux avec l’univers des disparus, le monde des morts, et qu’à trop les côtoyer en pensées, elle est devenue une vivante toute grise. D’ailleurs, Juliette n’est pas la mère de Lulu, c’est impossible parce que sa vraie mère, c’est Jane Birkin !
Lulu en est arrivée à cette conclusion quand elle fait une étrange découverte : un film en super 8 avec une bombe vivante : sa mère déguisée en Tahitienne, ondulant des hanches et riant aux éclats, le genre de rire à vous dégivrer le pôle nord en un rien de temps. Pour Lulu, c’est un choc de voir sa mère comme ça : les seins à l’air, passe encore, mais les yeux du bonheur, c’est pire que tout ! Ainsi cette adulte ronchonnante, adepte de la bouillotte et des tisanes, maladive et désespérément sérieuse, n’a pas toujours fait la tronche : incroyable, elle a été jeune, pétillante, déconnante et heureuse ! En un mot, « amoureuse » et pas de son paternel, le doux et effacé Antoine, puisque qu’il est écrit « Jacques » sur la boîte du film interdit. Lulu décide donc de partir à la recherche de cet amour perdu pour inverser le processus et faire en sorte que la tête de sa mère ne soit plus habitée par de vilaines petites bestioles noires, mais par un champ entier de coquelicots ! Car si le Jacques en question a su lui donner le sourire au siècle dernier, il devrait bien pouvoir y parvenir à nouveau. Mais les princes charmants, ça peut aussi prendre un coup de vieux !
Pétillant et lumineux comme Lulu, La Tête de maman est un premier film qui ne devrait pas vous laisser de marbre… Portrait attachant d’une adolescente et des cahotiques rapports mère-fille, c’est une douce histoire bourrée d’humour, racontée à la première personne, avec un ton à la fois tendre et pète-sec, parsemée de clins d’œil malicieux (dont Jane Birkin !) et bercée par une atmosphère douce amère qui flirte avec la mélancolie sans jamais tomber ni dans l’inventaire à la Dolto, ni dans le pathos. Et la jeune Chloé Coulloud, inconnue au bataillon, est comme une pomme d’amour : tout en rondeurs rouges et absolument irrésistible.