Pélerinage
Écrit et réalisé par Carlos SORIN, Argentine, 2006, 1h38mn, avec Ignacio Benitez, Carlos Wagner La Bella, Paola Rotela, Silvina Fontelles, Miguel Gonzales Colman, Jose Armonico (tous acteurs non professionnels)...
Après Bombon el perro que vous aviez adoré, Carlos Sorin poursuit sa promenade au cœur de son argentine natale et nous livre une fable lumineuse et pleine d’humanité qui démontre une nouvelle fois (mais les spectateurs éclairés que vous êtes le savent depuis belle lurette) qu’il n’est nul besoin au cinoche d’être dans la démesure et l’abondance de moyens pour aller droit au cœur.
C’est l’histoire d’un pèlerinage qui honorerait un Saint qui n’existe pas. Connu et vénéré pourtant par tout un peuple, c’est un Saint un peu particulier qui fait de singuliers miracles… Son truc à lui, ce n’est pas la guérison des aveugles, le retour de l’être aimé, la réussite aux examens ou la fertilité ; lui fait des trucs incroyables avec ses pieds : j’ai nommé (San) Diego Maradona !
Diego, c’est plus encore qu’un Saint pour Tati Benitez, c’est un Dieu vivant ! Modeste coupeur de bois vivant au cœur de la forêt de Misiones, dans le nord-est de l’Argentine, il voue depuis toujours un véritable culte au célébrissime joueur de foot. Il connaît par cœur sa vie, ses dribles, ses coups de tête, les dates de ses matchs les plus inoubliables comme celles des naissances de ses enfants. Tati est ce qu’on appelle un fan, mais un fan fauché de la pampa argentine: il bichonne comme une relique le billet du seul match de son héros auquel il a pu assiter, il y a bien longtemps de cela, et traîne sur sa frêle carcasse un tee-shirt blanco y azul passablement défraîchi, frappé du numéro 10, évidemment. Il est touchant, Tati, dans son amour aveugle pour un joueur millionnaire désormais déchu, dans cette passion aveugle et totalement décalée par rapport à la vie dure qu’il mène avec femme et enfants au beau milieu de nulle part. Il possède une force de caractère tranquille, une sorte d’énergie qui le pousse à toujours sourire, à ne jamais se plaindre et à accepter ce que le sort lui réserve : tout pourrait arriver, rien ne serait jamais très grave tant qu’il possède cette petite lumière de rêve accrochée à ce fameux et magique numéro 10. Ses potes ont beau se moquer de lui, il les laisse jaser pour se blottir au creux de sa douce planète Diego.
Au cours d’une nuit pluvieuse, au détour d’un chemin boueux, Tati a une extraordinaire vision : tel Bernadette dans sa grotte, ne voilà-t-il pas qu’il se retrouve face à face non pas avec Dieu ou Jésus – ce serait banal – mais avec Diego Maradonna en personne, personnifié dans l’écorce d’un arbre. Avec un peu de travail et d’imagination, il parvient à faire jaillir du bois l’expression, les bras levés, le visage du numéro 10 !
Pendant ce temps, Diego, le vrai, le bouffi aux amphètes, est hospitalisé en soins intensifs suite à de gros soucis cardiaques liés à divers abus pas très catholiques… Apprenant la nouvelle, Tati décide de partir avec sa trouvaille sous le bras, bien décidé à aller l’offrir à son idole. Avec un peu de pensée magique et de superstition, un soupçon de bondieuserie et pas mal d’énergie du désespoir, il est persuadé que sa statue peut changer le cours du destin, celui de Diego obèse aux bords de la relégation nette et définitive, et par là même, le sien…
Le voilà parti pour un pèlerinage cocasse et pas banal, qui lui fera croiser quelques frères et sœurs humains… Moqueurs ou ironiques, grandes gueules, âmes perdues ou errantes, compagnons d’un bout de route, partageant un peu de chaleur et de tendresse, ils accompagneront Tati dans cet étonnant voyage.
Vous l’aurez compris, le foot n’est que prétexte à cette promenade drôle et émouvante sur ce Camino de San Diego, qui nous touche autant que le faisait Bombon el perro. Utopia.org