Hammam

Publié le par MAX HEADROOM

HALFAOUINE, l'enfant des terrasses
Ferid BOUGHEDIR, Tunisie, 1990, 1h38mn, avec Selim Boughedir, Mustapha Adouani, Rabia Ben Abdallah...

 



Elles sont toutes là : les grasses, les menues, les petites filles, les matrones… elles sont toutes là, cheveux épars ruisselants de vapeur, le corps libre… elles ont des formes rondes ou lourdes, des petits seins aigus, des fesses généreuses, des jambes fuselées. Le hammam, c’est comme l’Eden avant que ce satané reptile ait foutu son bazar : l’abandon total au plaisir d’une toilette collective, au contact sans arrière pensée.


Noura n’est pas très grand. Il frôle pourtant l’âge où le regard que les petits garçons portent sur la femme change. Mais son entourage ne le sait pas, ou feint de l’ignorer, lui permettant pour quelque temps encore de rester dans l’intimité des femmes, de leurs papotages, de leurs confidences, d’aller avec elles au hammam… d’où il sera expulsé à jamais dès qu’on aura découvert qu’un début de pilosité, le trouble du regard l’ont fait changer de camp.
Depuis sa circoncision, il sait. Il sait qu’il faudra qu’il intègre un jour le camp des hommes, et la cérémonie qui célèbre celle de son petit frère vient lui rappeler que ce n’est pas en douceur que s’est faite cette prise de conscience. Entre deux âges, il n’a pas vraiment hâte de quitter un univers doux qui lui procure depuis peu un trouble délicieux, alors que celui des adultes de son sexe lui semble violent, plein d’interdits…
En attendant, son poste d’observateur privilégié lui confère une certaine importance aux yeux des copains plus âgés qui se préoccupent beaucoup des charmes de leurs petites voisines. Latifa… des melons, Djamila… des poires… et tous les vergers du monde ne suffiraient pas à rendre compte de toute la sensualité des beautés entrevues au hammam… Parmi les hommes, il est le témoin de confidences, complice des petites entorses à la « bonne conduite » : on ne se méfie pas d’un garçon trop petit pour rejoindre le hammam des hommes. Quand il ne va pas de l’un à l’autre, c’est de terrasses en terrasses que Noura se faufile, épiant comme un oiseau intrigues, idylles… tout ce qui fait la vie de ce quartier lumineux de Tunis : Halfaouine.

Halfaouine est un enchevêtrement de ruelles et d’impasses, où les maisons arabes sont toutes conçues sur le même principe : pas de fenêtre sur la rue (on pourrait y voir les femmes), mais une cour centrale, un patio dans lequel les femmes cloîtrées par le puritanisme masculin se retrouvent entre elles et peuvent recevoir la lumière du soleil, l’eau de la pluie…
Toutes les maisons se touchent, liées par les terrasses qui permettent de circuler de toit en toit… Permettant à plus d’une amourette secrète de naître, à plus d’un gamin de passer outre les interdits… Car rares sont ceux qui, comme la très belle Latifa, la grand tante de Noura, répudiée par son mari pour avoir refusé de porter le voile, osent braver ouvertement le conformisme ambiant.

Boughedir sait filmer le bruit de la famille, la moiteur du hammam, le bavardage des garçons, la rumeur du quartier… Et c’est un vrai bonheur, alors que les clichés sur la civilisation et l’homme arabe n’ont jamais été aussi imprégnés d’intolérance, de fanatisme religieux, de machisme une société méditerranéenne, exubérante et tendre, où l’humour et l’érotisme ont toute leur place.

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Publié dans cinetampes

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