Vermeer

Publié le par MAX HEADROOM

LA JEUNE FILLE À LA PERLE
Peter WEBBER, Hollande / USA, 2004, 1h40mn, avec Scarlett Johansson, Colin Firth, Tom Wilkinson, Judy Parfitt, Cillian Murphy, Essie Davis... Scénario de Olivia Hetreed, d’après le roman de Tracy Chevalier.

 


C’est le portrait d’une toute jeune fille, plus tout à fait enfant, mais pas tout à fait femme.. Une bouche à peine ouverte, un brin boudeuse, des yeux qui fixent l’artiste, mélange de défi et de complicité, des cheveux dissimulés sous un tissu noué en turban. Et puis il y a cette boucle d’oreille, tapie dans l’ombre… une perle précieuse ornant le visage de cette jeune fille pauvre, comme un attrappe-regard, un voleur de lumière, le point absolu d’équilibre, le détail qui offre au cadre tout entier cette évidente perfection.
Charnel sans être impudique, lumineux sans être trop éblouissant, riche sans jamais étouffer, superbe sans coquetterie aucune, le film de Peter Webber frappe par une grande retenue, une infinie précision, un sens aigu du cadrage, mais aussi un rythme particulièrement maitrisé: pas une minute en trop, pas une en moins.
On aurait pu craindre une énième biographie, intéressante mais sans trop de charme, un peu facile, ce genre de film passe-partout qui convient si bien au format télévisuel : une époque, un peintre ; sa vie, ses toiles, ses frasques et ses femmes, sa grandeur et sa décadence, son génie, sa folie… bref, l’œuvre revue et visitée à travers l’homme et ses tableaux...

Mais non, on est ici ailleurs, car tout passe par un regard qui ne vient pas de l’extérieur, qui vient au contraire de l’intérieur de l’œuvre elle-même. C’est un regard de novice, de naïve, d’illettrée, le regard d’une servante, d’une souffre-douleur, d’une qui a appris qu’il vaut mieux se taire et encaisser si l’on veut avoir un toit et un couvert. Le regard d’une jeune fille sur l’art d’un homme… Un regard brut, instinctif, qui sait voir au-delà des apparences, qui se passe des mots et des concepts, qui sait ressentir la chaleur d’un rayon de soleil sur la peau.
Et c’est la force du film, sans doute aussi celle du roman et peut-être, au final, la force de la peinture de Vermeer : cette extraordinaire capacité à mettre les sens en éveil, à souffler le vivant dans chaque objet, chaque étoffe, chaque recoin d’un tableau, à faire naître une sensation magique de mouvement, de relief.

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Publié dans cinetampes

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