Un secret
Claude MILLER, France, 2007, 1h40mn, avec Cécile de France, Ludivine Sagnier, Julie Depardieu, Patrick Bruel, Mathieu Amalric, Nathalie Boutefeu, Orlando Nicoletti... Scénario de Claude Miller et Natalie Carter, d’après le roman éponyme de Philippe Grimbert.

On dit souvent que les enfants devinent tout, qu’ils ont le don de sentir ce que l’on veut obstinément leur masquer, qu’ils ressentent, sans en avoir vraiment conscience, le poids des secrets passés et que de ces fardeaux invisibles peuvent naître de douloureuses angoisses.
On a aussi montré que les filles et fils de survivants des camps de concentration, sans jamais avoir eux-mêmes connus l’horreur, faisaient les mêmes rêves que leurs parents, alors que ceux-ci avaient gardé le silence sur leur propre traumatisme, leurs propres cauchemars…
Un secret parle de cela, des silences offerts en héritage comme un cadeau empoisonné, de la difficulté à vivre après l’effroi, des blessures impossibles à faire taire, du devoir de mémoire.
Un secret est aussi le premier film où Claude Miller parle de sa propre histoire, celle d’un petit garçon craintif né en 1942 dont l’enfance et l’adolescence furent hantées par les oncles, tantes et grands-parents jamais revenus des camps.
Le film est donc autobiographique à double titre, puisqu’il raconte aussi l’histoire de Philippe Grimbert, auteur du roman.
François est donc un garçon chétif vivant dans l’ombre de parents lumineux : une mère svelte et rayonnante, ancienne athlète de natation, et un père costaud comme un roc et lutteur à ses heures perdues. Du haut de sa timidité maladive, le gamin a beau tenter de surmonter ses peurs, son corps de moineau ne fait pas illusion bien longtemps et son jeune âge ne l’empêche pas de goûter à l’amertume, celle qui lui dit qu’il n’est pas, loin s’en faut, le fils que son père aurait voulu avoir. Il s'est donc inventé un compagnon imaginaire, un frère de sang et d’illusions qui serait lui, mais en mille fois mieux : plus sportif et plus tchatcheur, plus enjoué, plus charmeur, plus gourmand de la vie, plus vaillant. Ce frère imaginaire, il l'envie, l’idolâtre et le hait dans un même élan, personnage de songes dont la silhouette lui apparaît parfois avec une telle acuité qu’il pourrait presque la palper, la toucher, la respirer.
En grandissant, François apprendra à vivre avec ce double, ce lui-même en mieux qu’il ne sera jamais… Mais les fantômes, un jour, viennent frapper à la porte pour réclamer qu'on cesse de les ignorer, et François découvrira alors le secret de cette vie d’avant lui.
Avant lui, c’était avant la guerre. Un été au bord de la piscine où il faisait bon profiter des congés payés, de la beauté des femmes, de la force athlétique des hommes… La rumeur grondait un peu, mais elle était suffisamment loin pour qu'on puisse feindre de l’ignorer, avec toute l’arrogance de la jeunesse ne pouvant croire ni au malheur, ni à la fatalité. Etre Juifs, laïcs et Français devrait bien, du moins le croyaient-ils, les mettre à l’abri des tumultes et rumeurs nauséabondes qui commençaient à frapper à leurs portes. C’est dans cette insouciance que l’on célébra le mariage du beau Maxime et de la solaire Hannah, unis pour le meilleur mais surtout pas pour le pire, celui qui devait arriver quelques années plus tard, quand il fallut coudre sur les vestons des bambins une étoile jaune, étoile que l’on portait fièrement, confiant en la justice de son pays et de ses dirigeants…