LA FRONTIÈRE DE L'AUBE

Publié le par MAX HEADROOM

Philippe GARREL - France -2008 - 1h45 avec Louis Garrel, Laura Smet, Clémentine Poidatz, Olivier Massart, Jérôme Robart, Cedric Vieira... Scénario de Marc Cholodenko, Arlette Langmann et Philippe Garrel.




Le drame, chez Philippe Garrel, ce n'est pas que les histoires d'amour finissent mal, c'est qu'elles ne finissent pas. Le lien qui s'est tissé ne peut être rompu. On se sépare mais on se reste fidèle dans l'éternité... Carole, une vedette de cinéma, vit seule dans son bel appartement parisien, son mari est à Hollywood et la délaisse. Débarque chez elle François, un photographe, qui doit faire un reportage sur elle pour un journal...
François et Carole deviennent amants mais après une nuit de vaudeville où il doit s'éclipser en caleçon à cause de l'arrivée inopinée du mari de Carole, François devient invisible et Carole dépérit. Le cinéma, tel que l'envisage Garrel, c'est cela : filmer le bonheur à la lueur de bougies, ou chercher la trace d'une cicatrice intérieure, enregistrer sur une pellicule sensible les souffrances physiques d'une femme à terre, aux prises avec la frustration. C'est refléter l'amour, sa « loi des essuie-glaces » (lorsque l'un se rapproche, l'autre s'éloigne) et ses apparitions, miraculeuses ou spectrales.
Garrel est homme de correspondances poétiques... Il est aussi complice des surréalistes. La Frontière de l'aube est une variation sur l'amour fou, Carole étant sœur de Nadja l'âme errante, étrangère à la raison, aux portes de l'asile, ouvrant les portes d'un monde surréel.

Car suicidée, Carole va revenir hanter François qui s'apprête à devenir père et épouser Eve. Elle surgit du fond d'un miroir (on repère là encore la fièvre expressionniste d'un cinéaste-poète à la Cocteau), pour l'implorer de venir la rejoindre... Rêve, réalité, parfois cauchemar : Garrel brouille les visions... Le film, avec ses silences, est chargé d'une émotion que tend le violon de Jean-Claude Vannier. La musique donne la couleur des sentiments. Le tremblement des êtres imbibe l'image... Eve est une jeune femme fragile, mais c'est François qui est en danger, en proie au tourment d'avoir Carole pour mémoire. Il est effaré par la perspective de basculer dans « le bonheur bourgeois » avec Eve, et harcelé par les apparitions de Carole qui le presse d' « abandonner sa vie facile de résignations ».
Le drame, chez Garrel, c'est la séparation, une « scène primitive », a-t-il dit, trauma indélébile. « Le passage entre deux amours est toujours douloureux. » La Frontière de l'aube dépeint le remords d'un homme aspiré par l'ivresse d'aimer pour l'éternité une femme disparue.

JL Douin, Le Monde
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Publié dans cinetampes

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