QUATRE NUITS AVEC ANNA

Publié le par MAX HEADROOM

Jerzy SKOLIMOWSKI - Pologne/France - 2008 -1h27 - avec Artur Steranko, Kinga Preis...
Scénario de Jerzy Skolimowski et Ewa Piaskowska.



Mais oui, bon sang, bien sûr ! Ce Skolimowski n'est pas vraiment inconnu au bataillon, rappelez vous: Le formidable Travail au noir, c'était lui bien sûr... jusqu'à son enterrement vivant au début des années 90 du siècle dernier où le bougre, accablé par le mercantilisme des milieux du cinéma, se réfugia au bout du monde... Dans la peinture.
Il nous revient aujourd'hui après quinze ans de barbouillages et quelques prestations d'acteur (dans Les Promesses de l'ombre par exemple), grâce à la révolution numérique. La meilleure et la pire des choses, comme l'affirmait Esope à propos de la langue. La meilleure parce que l'on voit surgir, grâce à la légèreté des équipements et des budgets, de plus en plus de films qui échappent à la censure de l'argent et au formatage. La pire, parce qu'elle va assurer aux sous-produits américains et au pire du cinéma hexagonal une diffusion encore plus écrasante que par le passé. Mais réjouissons nous athéniens, nous sommes, avec ces Quatre nuits avec Anna, sur le versant positif du problème.

Présenté cette année à la quinzaine des réalisateurs à Cannes, le film de Skolimowski, fait rare dans les annales de cette sélection, réalisa une quasi parfaite unanimité. Il faut dire que cette histoire, aussi givrée que la neige et le froid qui baignent le film, colle au talent de Skolimowski comme la boue des chemins polonais aux croquenots d'Anna et de son amoureux transi. Mais sans doute fallait-il rien moins qu'un séisme pour sortir notre ours mal léché de son hibernation et c'est sa co-scénariste, qui venait de temps en temps le relancer dans sa tanière, qui finit un jour par le sortir de sa misanthropie en lui racontant l'histoire d'amour d'un type, lourdement condamné pour s'être introduit à plusieurs reprises la nuit dans l'appartement de la femme qu'il aimait secrètement pour la regarder dormir.
Une aventure douloureuse qui toucha au cœur Skolimowski et le fit abandonner sans regret ses pinceaux, lui qui, au début de son adolescence, s'était épris d'une voisine d'âge mûr qu'il espionnait secrètement dans sa salle d'eau en glissant par la lucarne un petit miroir...
On l'aura compris, les quatre nuits en question ne sont pas exactement partagées puisque procédant d'une pratique honnie des femmes. Mais ces moments qui font se croiser les vies de Léon et d'Anna se révèlent émouvants de tendresse, de pudeur et d'un humour tout à fait propre à Skolimowski.

Anna est une jeune femme qui vit seule dans une des ailes de l'hôpital où elle travaille comme infirmière. Elle tente d'oublier dans l'alcool la grisaille d'un quotidien sans relief. Léon travaille comme homme à tout faire dans le même hôpital et vit dans un appartement en face de celui d'Anna. Chaque soir, il s'installe à sa fenêtre pour espionner passionnément sa voisine. Un soir, n'écoutant que son obsession, Léon décide de franchir l'espace vide qui le sépare de l'être aimé. Il force la fenêtre et se coule doucement à l'intérieur pour vivre une nuit à côté d'elle. Elle ne soupçonne rien et dort comme un ange, assommée par l'alcool consommé pour son anniversaire. Cette nuit-là sera chaste, pas question de rompre le charme, quitte à plonger sous le lit quand la belle se réveille pour faire pipi. Léon est une paire d'yeux inoffensive, un amoureux transi qui patauge dans une peur panique des femmes. Une nuit volée, suivie par la tentation d'en vivre une seconde, facilitée par deux petits cachets volés à l'hôpital, puis une troisième et une quatrième et ce petit cadeau laissé au matin sur la table de nuit...

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Publié dans cinetampes

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