Tchad 2006

Publié le par MAX HEADROOM

DARATT, Saison sèche
Écrit et réalisé par Mahamat-Saleh HAROUN, Tchad/France, 2006, 1h35mn, VO, avec Ali Bacha Barkaï, Youssouf Djaoro, Aziza Hisseine, Djibril Ibrahim, Fatimé Hadje... PRIX SPÉCIAL DU JURY FESTIVAL DE VENISE 2006.


Période faste pour le cinéma africain, c’est suffisamment rare pour qu’on s’en réjouisse ! Après le très remarquable Bamako, voici le non moins beau Daratt, saison sèche, réalisé par le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, et produit par Abderrahmane Sissako, le réalisateur de Bamako justement ! Pour ceux qui suivent cette cinématographie toujours fragile et aléatoirement distribuée en France, rappelons que Mahamat-Saleh Haroun nous avait déjà donné Bye Bye Africa et surtout Abouna en 2002.
Daratt est une fable d’une simplicité implacable, économe en effets mais riche en émotions et en résonances, qui s’enracine dans la siutation tchadienne contemporaine mais qui prend au fil de son récit une dimension universelle.

Tchad, 2006. Le gouvernement en place a accordé l’aministie à tous les criminels de guerre. Atim, seize ans tout juste mais beaucoup plus vieux si l’on en croit ses yeux, sombres, sans illusions, est convoqué par son grand-père aveugle, qui, contrairement au pouvoir, refuse d’accorder son pardon. Atim reçoit donc des mains du vieillard un revolver, avec mission de retrouver et de tuer l’homme qui a tué son père. Le gamin n’a pas le choix, il devra remplir son rôle de justicier, en tout cas de vengeur. Il quitte son village et part pour la capitale, N’djaména, à la recherche d’un homme qu’il ne connaît pas. Il le localise rapidement, pourtant : ancien criminel de guerre, Nassara est aujourd’hui rangé, marié à une jeune femme beaucoup plus jeune, et patron d’une petite boulangerie.
Atim l’observe, l’épie, le voit distribuer chaque jour quelques morceaux de pain à des gamins affamés. Il s’approche du boulanger, et réussit à se faire embaucher comme apprenti. Il a toujours son arme sur lui, bien décidé à s’en servir dès que l’occasion se présentera…
Mais rien ne se passe tout à fait comme prévu. Nassara ne se conduit pas comme le salaud qu’il devrait être. Il se prend même d’affection pour Atim, le prend sous son aile, lui apprend l’art et la manière de fabriquer le pain… Et peu à peu un étrange lien se tisse entre eux: quelque chose comme une relation fils-père, même si Atim refuse d’en accepter ne serait-ce que l’idée, obsédé qu’il est par son devoir de vengeance. Un jour pourtant, Nassara propose à Atim de l’adopter…

« Daratt ne traîte pas de la guerre civile, mais de ses conséquences. Ce qui m’intéresse, c’est le paysage après la tempête. La vie, obstinément à l’œuvre dans les champs de ruines et de cendres. Comment en effet continuer à vivre ensemble après tant de violence et de haine ? Quelle attitude adopter face à l’impunité ? Se résigner ou faire justice soi-même ? Et quand on choisit cette dernière option, c’est quoi tuer un homme ? » Mahamat-Saleh Haroun
Ces thèmes qui pourraient être écrasants, Daratt les aborde avec une retenue superbe, un sens de l’épure qui éloigne tout spectaculaire, tout pathos intempestifs. Le film suit sa ligne claire, digne et intègre, jusqu’à un dénouement magnifique, une scène finale qui restera dans nos mémoires.                                                                          Utopia.org

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Publié dans cinetampes

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