Polar

Boston de nos jours. Une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise. Pour mettre fin au règne du tout puissant parrain Jack Costello (Nicholson), la police infiltre son gang avec un « bleu » issu des bas quartiers, Billy Costigan (Di Caprio). Tandis que Costigan s’efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant donc de plus en plus parano, Collin Sullivan (Damon) entre dans la police au sein de l’unité des enquêtes spéciales, chargée d’éliminer Costello. Mais Sullivan fonctionne en sous-marin pour le compte de Costello et l’informe des opérations lancées contre lui. Risquant à tout moment d’être démasqués, les deux hommes sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre progressivement leurs repères et leurs identités.
Traquenards et contre-offensives s’enchaînent, jusqu’au jour où chaque camp réalise qu’il héberge une taupe. Une course contre la montre s’engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l’identité de l’autre, sous peine d’y laisser sa peau…
On aura beau dire, le résultat est là. Le brio avec lequel Scorsese se réapproprie le déjà très réussi Infernal Affairs démontre une nouvelle fois la force de son cinéma. Même si il ne renouvelle pas le genre, même si on se dit que Nicholson en fait des tonnes, le plaisir est là, intact et férocement jubilatoire. On sait depuis longtemps la fscination du réalisateur pour les histoires de personnages hors normes, sortis des bas fonds des mégapoles américaines, New York, Las Vegas, dominant par le crime des univers qui engendreront immanquablement leur perte. Grandeur et déchéance des mafieux en quelque sorte. S’il aborde ici une nouvelle fois ce thème, il le fait par la bande, puisque les deux personnages qui sont les moteurs de l’action sont deux flics qui sont aussi indic ou taupe, c’est selon… Scorsese a toujours su choisir ses acteurs (De Niro, Liotta, Pesci, Stone, Cage). Il s’offre une fois encore un casting qui doit faire rêver plus d’un réalisateur : Jack Nicholson, Matt Damon, Mark Walberg et, pour la troisième fois consécutive après Gangs of New York et The Aviator, Leonardo Di Caprio, excusez du peu... Une collaboration plutôt fructueuse pour les deux hommes puisqu’il permet à l’un d’avoir désormais une certaine facilité auprès des studios pour monter ses projets et à l’autre d’acquérir au contact du maître une maturité d’acteur qui nous fait oublier la star. La figure paternelle, chère à l’auteur, est incarnée par Jack Nicholson avec qui il tourne pour la première fois et qui vous réserve quelques grands moments de folie furieuse et d’humour macabre, on est chez Scorsese ne l’oublions pas.
Un plaisir peut-être fugace (on verra avec le temps si le film nous reste en tête) mais qui fait en tout cas un bien fou. Les quelques blagues des sbires débiles viennent comme des petites respirations, au milieu de la tension que Scorsese sait comme personne faire monter très haut. Un polar, très sombre et très efficace, 2h30 de grand cinéma.