Destin chaotique

Publié le par MAX HEADROOM

L'Incroyable destin de HAROLD CRICK
Site officiel
Réalisé par Marc FORSTER, USA, 2006, 1h45mn, avec Will Ferell, Emma Thompson, Dustin Hoffman, Queen Latifah, Linda Hunt, Tom Hulce, Tony Hale... Scénario de Zach Helm.



La vie de Harold Crick est aussi excitante qu’un plat surgelé : prévisible et parfaitement réglée (5mn au micro-ondes à 800 watts), pas vraiment insipide mais sans aucune surprise (réveil tous les matins à la même heure, même bus, même trajet) et totalement dénuée de la moindre touche d’excentricité ou d’audace (pas un nuage de cacao dans le civet de sanglier, nulle pincée de poivre dans le gâteau au chocolat).
Une vie super ordinaire d’un homme qui l’est tout autant ; millimétrée et conçue avec la régularité d’un coucou suisse. Harold Crick est un citoyen lambda qui voit le fil de son existence se dérouler jour après jour avec monotonie sans jamais sembler vouloir remettre en cause son rythme quelque peu mortifère. Harold est ainsi : il aime l’ordre et la prévisibilité dans toute chose et ne peut concevoir sa vie d’employé de bureau sans une pause déjeuner de 45,7 minutes, pas plus, pas moins. Ce sont peut-être ces qualités qui font de lui un agent du fisc irréprochable et efficace.
Mais contrairement aux apparences, Harold Crick n’est pas tout à fait n’importe qui. Il est le héros d’une histoire bien plus vaste et bien plus ambitieuse que la sienne, il est le personnage principal d’une œuvre de fiction qui est précisément en train de s’écrire.
Vaste projet que celui de coucher sur le papier l’incroyable destin d’un homme banal comme Harold Crick. Mais les grands romans parlent souvent de gens dont la vie n’est pas folichonne, il n’y a qu’à lire Balzac ou Zola !
Donc, un vaste et néanmoins douloureux projet que son auteur, Karen Eiffel, ne parvient justement pas à achever correctement. Dix années qu’elle est dessus et elle rame sévère, la brillante romancière, pour mettre le point final à cette histoire. Pourtant, elle n’est pas du genre cœur tendre avec ses personnages, puisqu’en général, ils finissent tous refroidis à la dernière page.
Son créneau, c’est plutôt le bon drame, pas vraiment la romance avec happy end, gros câlin et couchers de soleil. Mais là, rien n’y fait, c’est la panne sèche : elle n’arrive pas à tuer correctement son héros et ça la met dans un drôle d’état, elle qui est déjà passablement névrosée du ciboulot. Histoire de l’aider dans sa tâche, sa maison d’édition lui a mis sur le dos une assistante d’un calme olympien, spécialisée dans les « fins de romans laborieuses », mais Karen Eiffel n’aime pas beaucoup ses semblables de chair et d’os (et là, il y a matière : c’est Queen Latifah), elle leur préfère de loin leurs cousins littéraires.
Harold Crick découvrira-t-il qu’il est un pantin à la merci d’une imagination supérieure qui a pouvoir de vie et de mort sur lui ? Est-il le héros d’une comédie ou d’un drame ? Peut-il agir sur sa destinée et demeurer celui qu’il est, tout en devenant enfin celui qu’il aspire à être ? Et cette belle boulangère, mi punk, mi princesse, mi anarchiste (oui, ça fait un « mi » de trop, mais on est dans un roman et donc tout est permis !) à laquelle il doit coller (de près) un contrôle fiscal, quel rôle joue-t-elle vraiment dans cette sombre aventure ? Karen Eiffel parviendra-t-elle à arrêter de fumer ? Et si oui, quel rapport avec la montre d’Harold Crick ? Et combien font 23567 multiplié par 138 ?

Pour sûr, vous découvrirez tout cela, et bien plus encore en vous aventurant dans l’univers singulier d’Harold Crick. Un type qui a une tête de rien mais qui, comme souvent, est un gars formidable. Drôle, vif et rondement menée au fil d’un scénario intelligent et pétillant, voilà une petite trouvaille comme on aime à les faire. Quelque part entre Truman Show et Un jour sans fin...
Un film où il est question de la réalité qui dépasse, copie, singe et s’inspire de la fiction (et vice-versa), de la création divine et humaine, de la mort inéluctable et de la vie qui est si belle, de la grandeur d’âme des gens ordinaires et de la poésie des petits riens du quotidien.

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Publié dans cinetampes

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